JUAN DE PUEYRREDON PAR Liliane HOUNIE

Nos montagnes du Béarn, depuis très longtemps terre d'émigration ont parfois vu un de leurs enfants connaître des destins extraordinaires.

C'est de l'histoire d'un descendant d'ISSOR, Juan Martin de Pueyrredon que nous parlera Liliane HOUNIE, ancienne professeur à Oloron . Voici la présentation qu'elle nous fait de la conférence qu'elle nous présentera:

 

"Juan-Martin de Pueyrredon a des attaches barétounaises. Son ancêtre quitte  Issor au 18ème siècle à destination de Cadix pour affaires qui le mettent en contact avec les pays du Rio de La Plata. Son descendant s'illustrera dans la guerre d'indépendance opposant l'Espagne à ses colonies. Il financera les campagnes de Bolivar et San-Martin, luttera contre les Anglais et sera désigné comme le premier président de l'Argentine." 

 

LA CONFERENCE

 

 

JUAN-MARTIN DE PUYRREDON (1777-1850), un fils de Béarnais artisan de l’indépendance de l’Argentine

 

 

 

Si l’émigration béarnaise vers le Rio de la Plata a fourni quelques personnalités de renom, aucune n’est comparable à celle de Jean de Pueyrredon, originaire d’Issor, qui s’installe à Buenos-Aires dès 1763.

 

D’Issor à Cadix et Buenos-Aires : le destin exceptionnel  d’un Barétounais

 

Jean de Poierredon, né à Issor en 1738 est le 4ème enfant de Pierre-Jean de Poierredon, cadet, et de Marie de Labrucherie. La communauté barétounaise entretient depuis 1395 des liens très étroits avec la vallée aragonaise de Roncal. Chaque année, le 13 juillet, à la Pierre-Saint-Martin, les bergers de Barétous et de Roncal renouvellent leurs accords, Issor livre une génisse et veille à ses intérêts. A cette époque, l’Espagne est prospère, ses finances sont saines, ce qui offre une opportunité d’émigration à de nombreux Béarnais.

 

En 1753, Jean de Poierredon alors âgé de 15 ans émigre à Cadix, peut-être avec son frère Jacques. Cadix est le port reliant les colonies américaines à l’Espagne, de nombreuses  maisons de négoce y prospèrent et  sont en relations étroites avec celles de Buenos-Aires, tenues souvent par des compatriotes de Cadix. Jacques ouvre une maison de négoces tandis que Jean s’enrôle dans les «Gardes Wallones» royales. En 1763, en récompense de ses services, le roi l’autorise à s’installer aux Indes. A Buenos-Aires, il ouvre une maison d’exportation très liée au négoce de son frère et connaît très vite la prospérité. En 1766, il épouse une jeune créole d’origine irlandaise, Rita O’Dogan. Devenu grand propriétaire et grand négociant, il acquiert une réputation d’hommes d’affaires avisé et le respect de la communauté porteña. Le vice-roi le fait naturaliser,  il fait partie de l’assemblée des négociants de Buenos-Aires et signe désormais de son patronyme hispanisé, Juan de Pueyrredon.

 

De son mariage sont nés 8 enfants, 5 garçons et 3 filles, qui tous à des degrés divers participeront à l’émancipation de leur pays, mais c’est l’aîné, Juan-Martin, qui jouera le rôle le plus éminent. Né le 18 décembre 1777 à Buenos-Aires, son père prit grand soin à son éducation complétée à Paris pour les humanités. Il maîtrisait parfaitement l’espagnol, le français, l’anglais et le portugais. A la mort de son père, il gérait avec ses frères les entreprises familiales, assurant à sa famille richesse et notoriété auprès des Porteños (habitants nés et résidant à Buenos-Aires).

 

La ville de Buenos-Aires était alors en ce début de siècle en plein essor. Capitale de la vice-royauté de la Plata depuis 1778, résultat de la partition de celle de Lima, elle est peuplée de 45.000 habitants, presque tous négociants. Buenos-Aires est alors la grande porte atlantique vers le Pérou et le Chili, un centre industriel  et commerçant (salaisons, cuirs), transit des esclaves, entrée des produits manufacturés destinés à un territoire gigantesque allant au nord-ouest du Haut-Pérou (Bolivie actuelle), au  Chaco, aux territoires du Paraguay actuel, de l’Uruguay -dénommé alors Banda Oriental- que convoitaient les Portugais installés au Brésil et où ils avaient fondé Colonia del Sacramento. Ce commerce très règlementé par l’Espagne ne satisfaisait ni les négociants, ni les clients. La qualité des produits espagnols décevait les consommateurs qui leur préféraient les produits anglais entrés en contrebande tolérée par les Espagnols faute de ne pouvoir l’empêcher. Les Anglais qui en ce début de siècle dominaient les mers, réalisaient leur révolution industrielle, cherchaient des débouchés et des territoires  à conquérir. Les pays du rio de la Plata correspondaient à leurs ambitions.

 

En juin 1806, une expédition anglaise partie du Cap via Sainte-Hélène amena à Buenos-Aires, sous le commandement du général Beresford, 5 bateaux de guerre et 5 de transport qui débarquèrent près de la ville 1600 hommes. Après avoir bousculé les milices peu entraînées, ils entrèrent dans la ville tandis que le vice-roi Sobremonte s’enfuyait à Cordoba. Ayant fait main basse sur un envoi d’argent, ils déclarèrent le commerce libre et furent surpris par la passivité de la population. Très vite, humiliés par la fuite du vice-roi, les créoles réagissent, dont Pueyrredon, qui,  à la faveur de ces évènements, entame sa carrière politique.

 

 

 

Succès et déconvenues de la carrière militaire et diplomatique de Pueyrredon

 

Malgré les mesures libérales prises par les Anglais, Juan-Martin, ses frères et ses amis s’entretiennent pour décider des actions à mener. Pueyrredon peut compter sur la solidarité de sa famille, la loyauté de ses amis et sa fortune, le personnel de ses estancias. Il recrute et arme des cavaliers, assure leur solde et leur subsistance (ce corps de cavalerie, modeste à ses débuts s’étoffera par la suite et constituera les hussards de Pueyrredon), installe son QG à Perdriel, aux limites de la ville et entre en contact avec Jacques de Liniers, un Français au service du roi d’Espagne, qui de sa propre initiative, est allé chercher du renfort à Montevideo. Cette activité, bien que secrète n’échappe pas aux Anglais (désertion des Ecossais catholiques au profit des créoles). Décidé à éliminer cette menace, Beresford attaque le 1er août 1806 Perdriel, mais Pueyrredon se lance à l’assaut des pièces d’artillerie, y perd son cheval, et prend la fuite avec un chariot de munitions, sans que les Anglais le poursuivent. 

 

Convaincu d’une action plus importante à mener et soutenu par sa popularité, il se rend au-devant de Liniers, s’entend pour accueillir les renforts sur la rive sud du Rio de la Plata, avec vivres, munitions, voitures, abris, malgré la tempête, recrute de nouveaux cavaliers, munis de chevaux de remonte, d’équipement, de leur solde, d’eau de vie, de tabac, de maté, de vivres, de bois pour la cuisine, tout cela sur ses deniers. Liniers le nomme commandant de cavalerie. Le 8 août, la petite armée (1500 hommes de Liniers, 700 hussards de Pueyrredon) se met en marche, atteint les faubourgs le 10, et passe à l’attaque, aidée des troupes du corsaire français Mordeille, soutenue par tous les citadins.

 

Les Anglais sont battus, l’évènement a un retentissement considérable. Les patriotes se sont libérés seuls et ils entendent faire valoir leur droits auprès de Madrid, et en l’absence du vice-roi, le cabildo abierto (assemblée municipale publique et extraordinaire) prend deux décisions :

  • nomination de Liniers comme vice-roi,
  • mission de Pueyrredon à Madrid comme négociateur.

 

Son voyage se fit dans des conditions difficiles : gagner un port à l’insu des Anglais qui bloquaient l’immense estuaire. De Rio Grande dans le sud brésilien, où il se cache pendant 22 jours, il s’embarque pour San-Salvador, et de là pour Lisbonne, qu’il atteint après 64 jours de traversée au cours de laquelle il apprend que les Anglais préparent une nouvelle offensive qui réussit à Montevideo mais échoue devant Buenos-Aires.

 

De Lisbonne, il repart vers Madrid par la diligence diplomatique fin février 1807. Dès son arrivée, il sollicite une audience auprès du prince de la paix (le tout puissant Godoy) dont il obtient des formules polies, puis rencontre le roi Charles IV, sans résultats. Godoy lui conseille de repartir, Pueyrredon persévère (apprend que Godoy à Buenos-Aires veut rétablir la situation antérieure), est informé par une gazette anglaise que les Anglais ont échoué à reprendre Buenos-Aires mais que le parti espagnol a repris le pouvoir au sein du cabildo, qu’il veut se débarrasser de Liniers. La situation de Pueyrredon devient inconfortable dans une Espagne hostile aux afrancesados – lui-même et Liniers - et où la crise politique menace. En mars 1808, il informe le cabildo qu’il va rentrer. Quelques jours après à Aranjuez, Charles IV est déposé par son fils Ferdinand, Godoy tombe. (Ferdinand VII va régner 1 an, avant qu’il ne soit déposé par Napoléon). Jacques Pueyrredon de Cadix écrit à son neveu de rester à son poste - la junte de Séville.  Le 10 septembre,  Juan-Martin avise Buenos-Aires : « Le royaume divisé en autant de gouvernements qu’il y a de provinces, les folles prétentions de chacune à la souveraineté, le désordre qu’on observe dans toutes et les ruines que leur prépare l’armée française qui, quoique repoussée dans ses premières tentatives s’est repliée à Burgos où elle attend des renforts continuels, autant de considérations qui m’empêchent de demeurer plus longtemps dans l’accomplissement d’une mission que je vois aujourd’hui sans objet. En conséquence, je me suis retiré de la junte de Séville parce qu’elle n’est pas plus habilitée que les autres à connaître les affaires dont je suis chargé ».

 

En marge de ces relations officielles sans succès, Pueyrredon a rencontré à Cadix, des membres d’une  société secrète, la «Grande réunion américaine» regroupant de nombreux Sud-Américains - dont  José Moldes originaire de Salta - ville du nord de l’Argentine. Pueyrredon lui remet des mandats (3000 pesos) pour des achats d’armes et de munitions à destination de Buenos-Aires. Les nouvelles autorités d’occupation françaises lui font des difficultés à quitter le pays, il les surmonte et s’embarque en Argentine, marié à sa cousine Dolores Pueyrredon, désavoué par le cabildo  qui lui a refusé des subsides et qui le suspecte de mauvaise gestion financière.

Que s’était-il passé à Buenos-Aires pendant ces quelques mois d’absence ?

 

Une situation intérieure confuse

 

La situation de Liniers était précaire au sein d’un cabildo contrôlé à nouveau par le parti espagnol et le gouverneur de Montevideo ne reconnaissait pas son autorité. Quand Pueyrredon débarque à Montevideo le 4 janvier 1809, il est arrêté et mis au secret pendant 45 jours, ses papiers saisis et envoyés en Espagne, accusé de francophilie, de détournements de fonds, de menées subversives, il écrit à Buenos-Aires pour se disculper, le cabildo le réclame, Montevideo refuse et après maintes péripéties, Pueyrredon s’enfuit, se réfugie à Rio de Janeiro et enfin arrive à Buenos-Aires le 15 juin 1809. Il y retrouve clandestinement des amis créoles, fait de la propagande auprès des militaires de la garnison restés fidèles à l’Espagne, d’autant qu’un nouveau vice-roi, Cisneros , envoyé par l’Espagne, qui a  succédé à Liniers veut rétablir l’autorité espagnole et que les chefs créoles  eux-mêmes divisés, s’accordent sur la nécessité d’un changement.

 

Comme Pueyrredon ne s’est pas présenté lors de l’entrée en fonction de Cisneros, il est arrêté, conduit à la caserne du régiment des «patriciens» dont le  commandant créole Saavedra est un ami, la caserne devenant un refuge de conspirateurs. Le transfert du prisonnier est ordonné, Pueyrredon s’échappe, se réfugie chez des amis, puis s’embarque pour Rio de Janeiro où il continue son projet de libération de son pays, mais comme les Portugais ont des visées expansionnistes sur le rio de la Plata, il s’embarque sous un faux nom pour Buenos-Aires, apprend la grande nouvelle : le 25 mai 1810, la ville s’est libérée, a expulsé le vice-roi, et a formé un gouvernement patriote, évènementdésigné comme la «revolucion de Mayo». Une frégate anglaise arrivée quelques jours plus tôt a propagé la nouvelle de l’invasion de l’Andalousie par les troupes françaises, ce qui provoque ce sursaut patriotique sans effusion de sang et la nomination d’une junte patriotique. C’est la fin de la vice-royauté.

 

Pueyrredon est invité à travailler avec la junte, d’autant que son autorité n’est pas reconnue par tous les gouvernements de province. C’est à Cordoba, restée fidèle au parti espagnol, que Liniers s’est réfugié, s’est rallié au parti espagnol (il est désigné par le traître Liniers dans la pastorale). La ville est délivrée par Pueyrredon, nommé gouverneur qui choisit d’amnistier les insurgés, ce qui lui permet d’administrer dans un climat pacifié.

 

Dans le même temps, une armée partie de Buenos-Aires remontait vers le Haut-Pérou, armée indisciplinée et ramenée au calme, toujours par le gouverneur de Cordoba. Suivant la vieille route  vers Lima, elle atteignait successivement les villes de Tucuman, Salta, Jujuy, puis Potosi, dans l’enthousiasme général. Plus au nord, les populations changeaient : familles espagnoles descendantes des premiers conquistadores, enrichies par le commerce des mules et de la viande séchée (le charque) destinés aux mineurs de Potosi. Des Indiens de la montagne contraints au travail de la mine, traités comme des esclaves et traumatisés par le souvenir  des révoltes de Tupac Amaru en 1781, très attachés aux rites chrétiens associés aux anciens rites incas (ainsi, dans une galerie de mine d’argent à Potosi, de nombreuses figurines de «pacha mama» dressées sur de petits autels votifs  au cours d’une visite en 1998).

 

La ville principale du Haut-Pérou, Charcas (Sucre), siège d’une Université, d’une audience, d’une Intendance et d’un archevêché, s’était insurgée en 1809, avait déposé son gouverneur avant que le mouvement ne gagne La Paz, déclenche la répression menée par les troupes des deux vice-royautés, avant que les troupes de patriotes partis de Buenos-Aires ne renversent la situation après la victoire de Suipacha, ouvrant ainsi la route vers Lima.

 

Le 3 novembre 1810, la junte nomme Pueyrredon Gouverneur-Intendant de Charcas et Président de l’Audience, il y arrive le 27 janvier 1811, dans l’euphorie générale, mais la situation sociale était différente de Buenos-Aires. La société blanche, créole et espagnole, au pouvoir méprisait les Indiens  misérables, que les patriotes venaient de libérer du service obligatoire dans les mines. Les Indiens reconnaissants aidèrent les armées (dont les effectifs passés de 1200 à 9000 hommes) à franchir les cols. Pueyrredon, par souci de ne pas mécontenter les créoles supportant difficilement la prépondérance politique du Rio de la Plata, suggéra à la junte de Buenos-Aires de réunir un congrès dans une ville de l’intérieur, malgré la tentative de contre-révolution à Potosi que Pueyrredon va maîtriser avec modération, et pour éviter de nouveaux problèmes demanda à la junte de le nommer Inspecteur -Général de l’armée. C’est alors que les Royalistes rompant les accords conclus remportent la victoire de Huaqui, Pueyrredon se retrouve isolé dans une région qui se rallie aux Espagnols, seule Charcas restait calme, défendue par les hommes de  Pueyrredon  et les envoyés de la junte s’y replient. Marchant sur Potosi, où se trouvent l’hôtel des monnaies et les stocks d’or et d’argent destinés à l’Espagne, Juan-Martin achète 400 mules pour le transport de l’artillerie et du trésor, en sauve 90 et au nez des royalistes arrivés à Cochabamba, il réussit à le convoyer, après maintes péripéties  à Salta où il retrouvait des troupes fidèles. Il  le remit à la junte de Salta soit plus de 800 000 pesos d’or et d’argent qui renfloueront les finances et les arriérés de solde.

 

A Buenos-Aires, à l’annonce de ces évènements,  un remaniement politique conduisait à remplacer la junte par un triumvirat, qui nomme Pueyrredon chef de l’armée du Haut-Pérou. Sa correspondance le montre soucieux de nouer des contacts avec Napoléon pour obtenir des armes et de l’argent, de négocier avec les royalistes, de rétablir la discipline dans l’armée et d’en réduire les effectifs, travail épuisant qui a raison de sa santé et l’amène à démissionner en février 1811.

 

Elu triumvir, il arrive à Buenos-Aires en mai, et ce malgré un contexte délicat. En effet, l’isolement des localités provinciales a conduit  les nouvelles autorités locales à la tyrannie, à désavouer  les décisions «nationales» - à un moment où la future nation est en voie de constitution et où s’opposent les «fédéralistes» revendiquant l’autonomie des futures provinces aux «unitaires» favorables à un gouvernement centralisé - au profit de décisions locales anarchiques. Ces autorités «nationales», depuis Buenos-Aires ordonnent la retraite à l’armée du nord, ordre que ne respecte pas Belgrano - qui  contrôle l’armée du nord depuis la démission de Pueyrredon - victorieux à  Tucuman. Dès lors, les jours du triumvirat sont comptés et le 8 octobre, un coup d’état appuyé par les soldats de San-Martin substitue un second triumvirat au premier (San-Martin combat au Chili, et son QG est à Mendoza, à l’arrière du front), exile Pueyrredon à San Luis, localité isolée de 700 habitants où il s’installe avec son frère et son neveu - qui racontera comment vivaient les proscrits, leurs activités et comment Pueyrredon s’occupait de l’éducation de son neveu -, la maison devenant très vite le rendez-vous des gens cultivés de l’endroit. Il y fait la connaissance de sa future épouse (la 1ère est décédée prématurément), Maria Calixta de Tellechea, jeune fille de 14 ans, dont il aura un fils unique, Prilidiano, qui naîtra en 1823 à Buenos-Aires. L’exil devait durer trois ans, le gouverneur de San Luis était un ami de Pueyrredon, et  il rendit visite à San-Martin, à son QG de Mendoza au pied des Andes. En février 1813, il revient à Buenos-Aires, se marie et poursuit sa carrière politique, comme député de San Luis qu’il va représenter bientôt au congrès de Tucuman, où il arrive au début de 1816.

 

Le congrès de Tucuman : l’élection de  Pueyrredon à la présidence de la République

 

En fait, quand Pueyrredon  va accéder à la fonction de chef de l’Etat il prendra le titre de  Directeur suprême des Provinces Unies.

 

 La situation des Provinces Unies du Rio de la Plata est alors difficile : les petits notables locaux entretiennent l’anarchie, les routes sont mal entretenues, les impôts ne rentrent pas  l’armée et les fonctionnaires ne sont pas payés, le banditisme sévit et les Indiens au sud multiplient les razzias. Plus que jamais, l’union contre les Espagnols, maîtres du Haut-Pérou était nécessaire, ils avaient reconquis le Chili, et le futur Uruguay s’insurgeait. La solution pouvait être un futur britannique mais l’Europe de la Sainte Alliance soutenait Ferdinand VII. Dans ce contexte, l’assemblée constituante réunie à Tucuman avait institué un directoire afin de concentrer les pouvoirs et maintenir un contrôle parlementaire. Le 3 mai 1816, par 23 voix sur 25, Pueyrredon fut élu Directeur suprême des Provinces Unies du Rio de la Plata, charge qu’il allait remplir pendant 3 ans.

 

A côté du pouvoir officiel fonctionnait un pouvoir officieux très efficace, celui de la «Logia Loratio», créée par trois hommes, San Martin, Alvear et Zapiola, dont le but était essentiellement politique. Elle agit d’abord au moment de l’Exil de San Luis, mais quand elle se réorganise en 1815, Pueyrredon y joue un rôle de premier plan, aux côtés de San Martin. Son œuvre d’inspiration napoléonienne  l’amène à réorganiser entièrement  le pays dans l’unité nationale. Le 9 juillet 1816, le congrès de Tucuman avait prononcé l’indépendance des Provinces Unies  et nommé  Pueyrredon  le 1er chef d’Etat argentin. Quand il arrive à Buenos-Aires, la tâche qui l’attend est immense : établissement des comptes de la nation et révision du système fiscal, création de la Banque nationale d’Argentine seule habilitée à émettre de la monnaie. Il restaure les douanes, relance les exportations. Le collège de l’Union du sud remplace l’ancien collège de San Carlos. Pueyrredon assure le salaire de son directeur, crée des chaires de langues vivantes, ouvre des écoles primaires partout, crée l’Université nationale, fait interdire les châtiments corporels.

 

Cette œuvre était doublement menacée, à l’intérieur par les gauchos d’Artigas et sur les frontières par les Portugais qui refusaient de reconnaître l’indépendance de l’Argentine et envahissaient l’Uruguay, tandis que San Martin regroupait ses forces à Mendoza. Déterminé, Pueyrredon négocie avec succès avec les Portugais, sans réussir à éradiquer complètement la menace gaucha. Cette politique  d’équilibre fragile exigeait de Pueyrredon une énergie considérable dans un pays où la majorité de l’opinion n’avait aucune vision globale, la presse se déchaînait, les dépenses militaires exigées par la campagne des Andes exaspéraient les citoyens, dont certains complotèrent contre lui (les meneurs arrêtés furent expulsés aux Etats-Unis).

 

Comment justifier la patience et la pugnacité de Pueyrredon face à ces circonstances exceptionnelles ?

 

 Il poursuivait deux objectifs : libérer le  continent  américain (dans les coulisses San Martin commandait de Mendoza en utilisant les forces du Rio de la Plata) et expulser les Espagnols de Lima. Ce plan exigeait secret absolu, beaucoup d’argent, d’hommes motivés. Pueyrredon obtint tout : pendant des mois, des convois rejoignent San Martin qui après le Pérou vont libérer le Chili.

 

Epuisé, il démissionne le 19 juin, se retire de la vie publique conspué par ses ennemis, s’installe à Montevideo, revient en 1821 et se retire dans sa maison de campagne, la quinta de San Isidro. En 1836, il voyage en Europe, vit un moment à Bordeaux, rentre au pays en 1849 et meut le 13 mars 1850.

 

Pour conclure, citons l’éloge que lui rendait trois décennies plus tard l’historien argentin Bartolome Mitre dans son «Historia de San Martin y de la emancipacion  sudamericana» :

 

«Homme ayant l’expérience du monde, de bon sens et capable de jugement personnel, possédant assez d’intelligence et de lumières pour juger les opinions d’autrui, et de caractère pour soutenir les siennes, il avait suffisamment de souplesse pour se soumettre aux délibérations d’une majorité et aux exigences des circonstances. Son ambition, fluctuante, était sans importance et se satisfaisait de l’exercice du pouvoir ; il était modéré dans ses passions politiques et sans opinions qui l’eussent engagé envers les partis ; aussi convenable dans sa vie publique que dans sa vie privée, il avait la sagacité nécessaire pour estimer les aptitudes d’autrui ; circonspect, prudent, il était cependant doué d’un courage civique d’une certaine trempe qui ne reculait pas devant les responsabilités collectives. Il portait beau et sans arrogance, avec des manières raffinées et un langage digne qui établissaient entre lui et l’interlocuteur un respect réciproque, mais sans hauteur ; c’était une figure de gouvernant et l’homme des circonstances.»

 

 

 

Sources

 

Olivier Baulny, bulletin de la Société des Lettres et Arts de Pau, 1965. Les extraits de correspondance et le jugement de Mitre relèvent de cette communication.

 

Pastorale de Lanne-en Barétous 1997 de Junes Casenave-Harigile.

 

Martin Fierro : Arte y literatura para los Chicos : fundacion Banco Ciudad, Grupo Velox (1ère et 4ème de couverture :

 

« Un alto en el campo »de Prilidiano Pueyrredon, fils unique de Juan –Martin Pueyrredon. Huile sur toile, Musée national des Beaux- Arts de Buenos Aires.

 

 « Apartando en el corral », huile sur toile de Prilidiano, collection privée, Buenos-Aires

 

Ferdinand VII.1814.Huile sur toile de Goya .Musée d’art de Santander

 

 

 

Beau destin !!!

 

Biographie PUEYRREDON

 

Fils d'un commerçant béarnais originaire d'Issor et nommé Juan Martín de Pueyrredón y Labroucherie et d'une femme d'origine irlandaise, Juan Martín de Pueyrredón naquit à Buenos Aires, et commença son instruction à l'université royale, mais il arrêta ses études en 1791 après le décès de son père pour assumer les responsabilités du commerce familial. En 1795, il partit à Cadix en Espagne, et passa les années suivantes à voyager en France et en Espagne.

 

Durant l'occupation de Buenos Aires par les Anglais en 1806, Pueyrredón organisa, avec ses frères, un escadron de cavalerie. En reconnaissance pour sa bravoure dans la lutte de reconquête, Pueyrredón fut nommé lieutenant-colonel de l'armée par Jacques de Liniers et confirmé dans ce grade par le roi.

 

En 1807 il fut envoyé en Espagne en tant que représentant de Buenos Aires, mais, de retour en 1809, il participa peu après au mouvement d'indépendance.

 

Après la révolution de mai de 1810, il fut désigné gouverneur de Córdoba. En 1811 il devint chef de l'armée du Haut Pérou (Bolivie actuelle) et en 1812 il fut membre du Premier Triumvirat argentin, de brève durée. De 1812 à 1815, il vécut exilé à San Luis.

 

Le 9 juillet 1816, il fut élu Directeur suprême des Provinces-Unies du Río de la Plata par le Congrès de Tucumán. Il appuya fortement la campagne militaire de José de San Martín au Chili, et fonda la première Banque Nationale d'Argentine. Il dut se démettre après la déclaration d'une constitution unitaire et on l'exila à Montevideo. Ultérieurement il ne joua plus qu'un rôle très secondaire en politique, essayant notamment une médiation entre Juan Manuel de Rosas et Juan Lavalle en 1829.

 

Il meurt le 13 mars 1850 retiré dans son ranch, situé à San Isidro dans la province de Buenos Aires. Il est enterré au cimetière de Recoleta.

 

Son fils unique, le peintre et ingénieur civil Prilidiano Pueyrredón, naît à Buenos Aires le 24 janvier 1823.

 

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