LE DESSIN HUMORISTIQUE par Francis CHA

Francis CHA, nous le connaissons bien !! Professeur de Sciences économiques et sociales aujourd'hui à la retraite, il est aussi par passion un observateur de notre époque, et a été chroniqueur de Radio OLORON

La presse est friande des dessins humoristiques et il a mieux voulu les connaître parce que ce sont des marqueurs de notre époque.

 

        

 

Retracer l’histoire de la caricature, du dessin de presse, du dessin d’humour, c’est se trouver au carrefour de quatre  histoires : celle de l’esthétique (on ne dessine pas au XX comme au XIX siècle), de la politique (Qu’a-t-on le droit de dessiner ?), de la technique ( internet a changé le mode de diffusion des dessins ),  du rire (ce qui faisait rire nos ancêtres ne nous fait parfois pas rire).

          Né au XVI siècle, le dessin politique a pour objet de se moquer des adversaires religieux  et politiques. A  partir de la fin du XIX siècle, il sera partie prenante des grands événements : guerres, colonisation, séparation de l’église et de l’état,  collaboration, résistance, guerre froide, décolonisation, changements de régime politique, événements de mai 68….

      En un trait, l’humoriste résume les plus lourds traités de Philosophie, de Sciences Politiques et de Sociologie.

    Dans la seconde moitié du XX, il s’ouvre à d’autres sensibilités. L’évidence de l’absurdité  chez  Chaval, le cynisme désespéré de Reiser, le scepticisme indulgent de Sempé font aujourd’hui partie, au même titre que les œuvres littéraires, de notre culture contemporaine.

Pour s'amuser avant la conférence, voici deux textes issus de la BNF sur DAUMIER:

 

 

1) Naissance de la caricature

 

Le mot caricatura (du latin populaire caricare, charger, exagérer, lui-même issu du gaulois carrus, char) a été employé pour la première fois dans la préface d’un album d’Annibal Carrache en 1646. Il donnera les mots français charge et caricature, ce dernier mot apparaissant pour la première fois dans les Mémoires de d'Argenson en 1740.
Le traitement déformé de la physionomie s'inscrit dans la tradition de la satire et on peut faire remonter le procédé à certains portraits de l’Égypte antique, à certaines représentations sur des vases grecs, aux graffitis couvrant les murs des maisons pompéiennes.

 

 

 

 

 

Moyen Âge

 

Au Moyen Âge la caricature est très présente dans les sculptures extérieures et intérieures des églises ou dans les miniatures : personnages grotesques, animaux fantastiques et symboliques…

Les premières gravures, qui apparaissent à la fin du XIVe siècle, sont faites sur bois. Les graveurs travaillent une planche taillée parallèlement aux fibres (bois de fil), susceptibles d’éclater sous le canif. Le dessin à reproduire devant apparaître en relief sur la planche, on évide donc les blancs à la gouge (ciseau droit ou coudé à tranchant semi-circulaire) et l’on garde les traits du dessin.. À cause de la rigidité du bois cela donne des dessins assez schématiques. La gravure sur bois en relief est un procédé coûteux et lent : un dessinateur fournit un dessin qui est ensuite reproduit dans un atelier de graveurs sur un cœur de bois en buis, ce qui entraîne une taille réduite des illustrations, et enfin imprimé par un imprimeur. L’imprimerie a en effet permis la transmission des connaissances mais elle a aussi facilité la diffusion des pamphlets et des images.

 

La Réforme

 

Très vite la gravure fut utilisée à des fins de propagande, notamment après le choc de la réforme de Luther qui déclencha la contestation systématique des pouvoirs établis et des autorités religieuses. Des gravures pouvaient être insérées dans des pamphlets (elles étaient alors de petite taille et anonymes) ou sur des affiches accompagnées de textes virulents ou de chansons. C'est ainsi que Henri III fut victime d'une campagne de caricatures précédant son assassinat.

 

 

 



L'explosion de la caricature politique correspond toujours à des périodes de crises ; en outre elle est fortement liée au statut matériel du document  et aux moyens de sa diffusion (image insérée dans un pamphlet, vendue en feuille volante ou en série, affiche, illustration d'un "occasionnel", dessin de presse paraissant dans un périodique illustré).
Sous l'Ancien régime, les caricatures politiques sont produites de plus en plus souvent en feuilles volantes exposées à la vue des passants dans les étals de marchands d'estampes, vendues à la pièce dans la rue par des crieurs et transportées par des colporteurs. A l'époque, les images sont vendues sans autorisation ni privilège royal mais peuvent cependant être saisies.

 

La Révolution 

 

 

La Révolution de 1789 va multiplier ces images (mille cinq cents gravures satiriques entre 1789 et 1792) et la demande suscitée par l'actualité va être à l'origine d'un appareil de production organisé. Des journaux hebdomadaires comme Les Révolutions de France et de Brabant de Camille Desmoulins ou les Révolutions de Paris de l'éditeur Prudhomme font une large place au dessin, satirique pour l'un, d'inspiration plus "reportage" pour l'autre.
La presse royaliste publie de son côté des caricatures anti-révolutionnaires tandis qu'en 1793 le Comité de Salut Public demande au député David de "multiplier les gravures et les caricatures qui peuvent réveiller l'esprit public et faire sentir combien sont atroces et ridicules les ennemis de la liberté et de la république".
Cité dans "La caricature, deux siècles de dérision salutaire", Historia, n° 651, mars 2000, p.52.

La caricature devient un langage politique :
"Il faut la conjonction systématique et délibérée d'une production massive d'estampes, avec relais dans les pamphlets et dans une presse foisonnante pour faire de la caricature non plus seulement une arme mais un langage politique en voie d'autonomisation. Tel sera le cas en 1789."
Annie Duprat, "La caricature, arme au poing : l'assassinat d'Henri III, p.105, in Sociétés et représentations, "Le rire au corps", n° 10, décembre 2000, Credhess.

Le roi, personnage sacré jusqu'alors, devient la cible des caricaturistes : la mise à mort de Louis XVI est précédée par sa mise à mort symbolique par les images.
 

 

 

La monarchie de Juillet

 

Sous la monarchie de Juillet, si la feuille volante a encore une grande part dans la production d'images satiriques, les périodiques illustrés vont  fortement se développer. Le destin de la caricature politique va être désormais uni à celui de la presse. Les plus connus sont La Caricature et Le Charivari, fondés par Philipon qui publie les lithographies de Daumier. Ces caricaturistes énervent le pouvoir : en 1834, Philippon sera condamné pour la série de métamorphoses du visage de Louis Philippe en poire. Qu’à cela ne tienne : le jugement sera publié en première page avec le texte composé en forme de poire !

 

 

 

La loi du 9 septembre 1835 rétablit la censure pour les dessins, gravures et lithographies, l'Empire applique également la censure avec rigueur, et les artistes et les journaux se consacrent à la caricature des moeurs. Il faut attendre la nouvelle loi sur la presse de 1868 pour assister à une floraison de journaux dont La Lune de Gill, qui, rapidement disparu, renaît sous le titre de l'Eclipse, ou La Rue. C'est l'époque du portrait charge, dont les caractéristiques sont la ressemblance du sujet et l'exagération d'une tête énorme posée sur un corps rétréci.
Le Charivari publie des charges contre l’Empire, prend pour cible les Prussiens, mais évoque aussi les scènes de la vie quotidienne pendant le siège.

 

L'affaire Dreyfus

 




L'affaire Dreyfus constitue un autre temps fort de l’histoire de la caricature : la presse satirique s'engage dans la bataille avec du côté antidreyfusard L'Intransigeant de Rochefort et La Libre parole de Drumont auquel s'oppose Le Grelot. Certains journaux sont même créés pour l'occasion : Psst (antidreyfusard) et Le Sifflet (dreyfusard).
La fin du XIXe siècle voit en France l'avènement de la presse marchandise et le développement de la presse populaire. La presse satirique va cependant subsister : de 1901 à 1914, l’Assiette au Beurre, hebdomadaire de seize pages en couleurs à tendance anarchiste, constitue l’aboutissement de la caricature sociale et de mœurs. Chaque numéro, confié à un seul dessinateur ou à un groupe de collaborateurs de la revue dont de futurs grands peintres comme Van Dongen, Juan Gris, Félix Valotton, traite un seul thème. Les dessins y sont généralement présentés en pleine page, ce qui accentue leur charge graphique.

  

 

Mai 68 et après...

 

 

 

Le mouvement de mai 68 permet à une jeune génération de s'exprimer dans une presse alternative et parallèle comme Hara-kiri et Charlie-hebdo sur le registre de la provocation vis-à-vis du public bien-pensant et de ses valeurs.

On assiste cependant à une mutation : le dessin de presse va progressivement remplacer la caricature et la formation, le statut et les pratiques des dessinateurs de presse évoluent. Ils se revendiquent dessinateurs-journalistes.

 

 

 

 

 

2) HISTOIRE DES ARTS – 3ème – LE DESSIN DE PRESSE

 

Par définition, le dessin de presse porte sur l'actualité un regard décalé. Il vise généralement à provoquer, à faire réfléchir, à émouvoir ou encore à dénoncer : bref, il capte l'attention et ne laisse pas indifférent. 

 

Parfois publié sous forme de dessin d'illustration, il peut aussi représenter l'actualité sous forme de caricature. Du latin « caricare », qui signifie « charger », la caricature a pour but d'accentuer les caractéristiques, les traits principaux d'un visage. Chaque dessinateur le fait à sa façon.

 

HISTORIQUE

 

Avec la révolution technique du XIXe siècle, l'imprimerie se développe et malheur pour les politiciens : les caricatures ont désormais leur place dans les gazettes. Le dessin de presse devient un genre à part entière. L'agitation politique lui fournit une source d'inspiration considérable : Napoléon 1er, Louis-Philippe, Napoléon III se succèdent à la tête de la France. Rien n’est épargné aux têtes couronnées. Pourtant, que l'on soit roi ou empereur, il s'agit de faire respecter son autorité. Les interdits envers les dessinateurs augmentent : certains d'entre eux ont payé cher leur insolence. Daumier, par exemple. Considéré comme l'un des plus grands caricaturistes de son époque, fut arrêté et condamné à six mois de prison pour avoir représenté Louis Philippe sous les traits de Gargantua.

 

Il faut attendre l'abolition des lois sur la presse, le 29 juillet 1881, pour que les dessinateurs puissent exercer librement leurs critiques. Le dessin de presse profitera grandement des événements importants du 20ème siècle (guerres, menaces climatiques, crise financière …)

 

Le Canard enchaîné reste aujourd’hui le journal qui accorde le plus de place au dessin. Toutefois, l’illustration humoristique de l’actualité politique a pénétré dans un grand nombre de journaux : Le Figaro, Libération (qui utilise parfois plusieurs dessinateurs pour illustrer certains événements), Le Nouvel Observateur, certains titres de la presse régionale. Le Monde  préfère les dessins aux photos. Plantu, en première page, a un rôle de véritable éditorialiste, d’autres dessinateurs (Pessin, Sergueï) commentent l’actualité, illustrent les articles, laissent libre cours à leur humour. Des dessinateurs, tel que Chappatte, utilisent Internet pour faire connaître leurs dessins à un public plus large

 

ANALYSER UN DESSIN DE PRESSE

 

Pour analyser un dessin de presse, posez-vous les questions suivantes, les unes après les autres : 

 

Décrivez les personnages du dessin. Y a-t-il des effets de déformation? De déshumanisation? De grossissement? Comment est-il / sont-ils habillés? De quelle couleur? Quels sont les accessoires? Que font-ils? Que disent-ils? Décrivez le reste du dessin. Quels sont les détails? Quels sont les objets? Les éléments de décor? Y a-t-il du texte? 

 

Que signifient les éléments décrits? 

 

Le dessin fait-il référence à l'actualité? Laquelle? Expliquez l'événement qui a inspiré le dessin ? Dans quel journal avez-vous trouvé le dessin? Où se situe le dessin dans le journal? Dans la page? Accompagne-t-il un article? Si oui, que dit l'article?

 

Le dessin fait-il rire? Quels sont les procédés, les sources du comique? 

 

Au final, quel est le but du dessinateur? 

 

Quel est le style du dessin? Est-il construit? Elaboré ? Ou plutôt très simple? 

 

Qui est le dessinateur? 

 

Procédés et figures de style utilisés :

 

Caricature : dessin qui révèle ou accentue certains aspects (souvent physiques), déplaisants ou ridicules. La caricature se fonde sur l’exagération, du trait ou de la situation, pour faire rire, pour se moquer. Elle doit cependant permettre une identification immédiate du personnage (comme un portrait).

 

Stéréotype : opinion toute faite, réduisant les singularités, cliché, lieu commun. Le dessin de presse utilise le stéréotype pour représenter un groupe par un personnage unique. ex. Plantu dessine un homme en costume, ventru, fumant le cigare, pour représenter un patron ou les patrons en général.

 

Provocation : destinée à faire réagir le lecteur. Comporte une part de transgression : vulgarité, désacralisation, etc. C’est un jeu sur les limites. Les limites de l’acceptable varient selon les publics, les régimes politiques, les époques, les cultures.

 

Ironie : faire comprendre le contraire de ce que l’on dit. Le dessinateur semble donner pour vrai une interprétation mais exagère le dessin de façon à montrer la mauvaise foi ou la bêtise de cette position.

 

 Jeux de mots (concerne surtout le texte d’accompagnement). Expression imagée prise au pied de la lettre.

 

Anachronisme : mélange d’éléments d’époques différentes. ex : représenter un homme politique actuel en empereur romain cela permet de critiquer son autoritarisme.

 

 L’humour noir porte sur des sujets graves comme la mort. Il est dérangeant car il joue avec nos angoisses.

 

Allégorie : personnification d’une idée abstraite. Représentation d’une entité abstraite par un être animé (un personnage) auquel sont associés des attributs symboliques. Ex : une femme avec bonnet phrygien et cocarde (ou vêtement) bleu-blanc-rouge est une allégorie de la République française. (cf. la justice, la mort…)

 

La comparaison : juxtapose deux dessins dans lesquels certains éléments (décor, composition, personnages, attitudes) sont identiques et d’autres différents, ce qui met en évidence la pensée du dessinateur.

 

 

 

 

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