EMILE ZOLA par Liliane  HOUNIE

 

Mme Hounie, nous présente ainsi sa conférence  sur Zola,

 

 "Qui, parmi nous n'a pas étudié au lycée des extraits de l'Assomoir ou de Germinal, que nous proposait le "Lagarde et Michard", qui n'a pas vu le film sur la terrible réalité de la vie du mineur de fond?

 

Ecrivain engagé comme le démontre son oeuvre romanesque des Rougon Maquart, il n'hésite pas à sacrifier sa notoriété en prenant la défense du capitaine Dreyfus, ce qui ruina sa carrière et sa vie."

 

L'engagement d'Emile Zola s'inscrit dans l'histoire de la 3ème République, et des programmes d'histoire d'il y a quelques années, ceci peut expliquer mon intérêt pour cet écrivain,en-dehors de son oeuvre littéraire.

  

Quelques titres de ZOLA

 

En attendant la conférence, voici quelques textes su ZOLA:

 D'abord trois textes marquants dans la vie de ZOLA

 

A- J'accuse

B-

C- Discours de Jaurès lors de l'entrée de ZOLA au au PANTHEON

 

Ensuite trois textes parlant de Zola et de son oeuvre

 

A-- J'ACCUSE

J’Accuse…!

LETTRE
A M. FÉLIX FAURE

Président de la République

 Monsieur le Président,

 

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les cœurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre nom — j’allais dire sur votre règne — que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.

Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.

Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.

Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c’est le lieutenant-colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il est l’affaire Dreyfus tout entière ; on ne la connaîtra que lorsqu’une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses responsabilités. Il apparaît comme l’esprit le plus fumeux, le plus compliqué, hanté d’intrigues romanesques, se complaisant aux moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes mystérieuses qui colportent, de nuit, des preuves accablantes. C’est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus ; c’est lui qui rêva de l’étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces ; c’est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé d’une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de l’accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de lumière et surprendre ainsi son crime, dans l’émoi du réveil. Et je n’ai pas à tout dire, qu’on cherche, on trouvera. Je déclare simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d’instruire l’affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l’ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l’effroyable erreur judiciaire qui a été commise.

Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort depuis de paralysie générale. Des « fuites » avaient lieu, des papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd’hui encore ; et l’auteur du bordereau était recherché, lorsqu’un a priori se fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu’un officier de l’état-major, et un officier d’artillerie : double erreur manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu’il ne pouvait s’agir que d’un officier de troupe. On cherchait donc dans la maison, on examinait les écritures, c’était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans les bureaux mêmes, pour l’en expulser. Et, sans que je veuille refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty de Clam entre en scène, dès qu’un premier soupçon tombe sur Dreyfus. À partir de ce moment, c’est lui qui a inventé Dreyfus, l’affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le traître, de l’amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre de la Guerre, le général Mercier, dont l’intelligence semble médiocre ; il y a bien le chef de l’état-major, le général de Boisdeffre, qui paraît avoir cédé à sa passion cléricale, et le sous-chef de l’état-major, le général Gonse, dont la conscience a pu s’accommoder de beaucoup de choses. Mais, au fond, il n’y a d’abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui les hypnotise, car il s’occupe aussi de spiritisme, d’occultisme, il converse avec les esprits. On ne saurait concevoir les expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante.

Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant ce temps, le malheureux s’arrachait la chair, hurlait son innocence. Et l’instruction a été faite ainsi, comme dans une chronique du XVe siècle, au milieu du mystère, avec une complication d’expédients farouches, tout cela basé sur une seule charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n’était pas seulement une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque tous sans valeur. Si j’insiste, c’est que l’œuf est ici, d’où va sortir plus tard le vrai crime, l’épouvantable déni de justice dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt comment l’erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s’y laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilité dans cette erreur, qu’ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n’y a donc, de leur part, que de l’incurie et de l’inintelligence. Tout au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et aux préjugés de l’esprit de corps. Ils ont laissé faire la sottise.

Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l’ennemi pour conduire l’empereur allemand jusqu’à Notre-Dame, qu’on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l’Histoire ; et naturellement la nation s’incline. Il n’y a pas de châtiment assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle voudra que le coupable reste sur son rocher d’infamie, dévoré par le remords. Est-ce donc vrai, les choses indicibles, les choses dangereuses, capables de mettre l’Europe en flammes, qu’on a dû enterrer soigneusement derrière ce huis clos ? Non ! il n’y a eu, derrière, que les imaginations romanesques et démentes du commandant du Paty de Clam. Tout cela n’a été fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s’en assurer, d’étudier attentivement l’acte d’accusation, lu devant le conseil de guerre.

Ah ! le néant de cet acte d’accusation ! Qu’un homme ait pu être condamné sur cet acte, c’est un prodige d’iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire, sans que leur cœurs bondisse d’indignation et crie leur révolte, en pensant à l’expiation démesurée, là-bas, à l’île du Diable. Dreyfus sait plusieurs langues, crime ; on n’a trouvé chez lui aucun papier compromettant, crime ; il va parfois dans son pays d’origine, crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime ; il ne se trouble pas, crime ; il se trouble, crime. Et les naïvetés de rédaction, les formelles assertions dans le vide ! On nous avait parlé de quatorze chefs d’accusation : nous n’en trouvons qu’une seule en fin de compte, celle du bordereau ; et nous apprenons même que les experts n’étaient pas d’accord, qu’un d’eux, M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu’il se permettait de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il est certain que tous ne l’avaient pas chargé ; et il est à remarquer, en outre, que tous appartenaient aux bureaux de la guerre. C’est un procès de famille, on est là entre soi, et il faut s’en souvenir : l’état-major a voulu le procès, l’a jugé, et il vient de le juger une seconde fois.

Donc, il ne restait que le bordereau, sur lequel les experts ne s’étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et, dès lors, comme l’on comprend l’obstination désespérée avec laquelle, pour justifier la condamnation, on affirme aujourd’hui l’existence d’une pièce secrète, accablante, la pièce qu’on ne peut montrer, qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le bon Dieu invisible et inconnaissable ! Je la nie, cette pièce, je la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé d’un certain D… qui devient trop exigeant : quelque mari sans doute trouvant qu’on ne lui payait pas sa femme assez cher. Mais une pièce intéressant la défense nationale, qu’on ne saurait produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C’est un mensonge ! et cela est d’autant plus odieux et cynique qu’ils mentent impunément sans qu’on puisse les en convaincre. Ils ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les cœurs, en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique.

Voilà donc, monsieur le Président, les faits qui expliquent comment une erreur judiciaire a pu être commise ; et les preuves morales, la situation de fortune de Dreyfus, l’absence de motifs, son continuel cri d’innocence, achèvent de le montrer comme une victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux « sales juifs », qui déshonore notre époque.

Et nous arrivons à l’affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés, beaucoup de consciences restent troublées profondément, s’inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de l’innocence de Dreyfus.

Je ne ferai pas l’historique des doutes, puis de la conviction de M. Scheurer-Kestner. Mais, pendant qu’il fouillait de son côté, il se passait des faits graves à l’état-major même. Le colonel Sandherr était mort, et le lieutenant-colonel Picquart lui avait succédé comme chef du bureau des renseignements. Et c’est à ce titre, dans l’exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les mains une lettre-télégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d’une puissance étrangère. Son devoir strict était d’ouvrir une enquête. La certitude est qu’il n’a jamais agi en dehors de la volonté de ses supérieurs. Il soumit donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui avait succédé au général Mercier comme ministre de la Guerre. Le fameux dossier Picquart, dont il a été tant parlé, n’a jamais été que le dossier Billot, j’entends le dossier fait par un subordonné pour son ministre, le dossier qui doit exister encore au ministère de la Guerre. Les recherches durèrent de mai à septembre 1896, et ce qu’il faut affirmer bien haut, c’est que le général Gonse était convaincu de la culpabilité d’Esterhazy, c’est que le général de Boisdeffre et le général Billot ne mettaient pas en doute que le bordereau ne fût de l’écriture d’Esterhazy. L’enquête du lieutenant-colonel Picquart avait abouti à cette constatation certaine. Mais l’émoi était grand, car la condamnation d’Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus ; et c’était ce que l’état-major ne voulait à aucun prix.

Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d’angoisse. Remarquez que le général Billot n’était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n’osa pas, dans la terreur sans doute de l’opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l’état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. Puis, ce ne fut là qu’une minute de combat entre sa conscience et ce qu’il croyait être l’intérêt militaire. Quand cette minute fut passée, il était déjà trop tard. Il s’était engagé, il était compromis. Et, depuis lors, sa responsabilité n’a fait que grandir, il a pris à sa charge le crime des autres, il est aussi coupable que les autres, il est plus coupable qu’eux, car il a été le maître de faire justice, et il n’a rien fait. Comprenez-vous cela ! Voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose ! Et ces gens-là dorment, et ils ont des femmes et des enfants qu’ils aiment !

Le colonel Picquart avait rempli son devoir d’honnête homme. Il insistait auprès de ses supérieurs, au nom de la justice. Il les suppliait même, il leur disait combien leurs délais étaient impolitiques, devant le terrible orage qui s’amoncelait, qui devait éclater, lorsque la vérité serait connue. Ce fut, plus tard, le langage que M. Scheurer-Kestner tint également au général Billot, l’adjurant par patriotisme de prendre en main l’affaire, de ne pas la laisser s’aggraver, au point de devenir un désastre public. Non ! Le crime était commis, l’état-major ne pouvait plus avouer son crime. Et le lieutenant-colonel Picquart fut envoyé en mission, on l’éloigna de plus en plus loin, jusqu’en Tunisie, où l’on voulut même un jour honorer sa bravoure, en le chargeant d’une mission qui l’aurait sûrement fait massacrer, dans les parages où le marquis de Morès a trouvé la mort. Il n’était pas en disgrâce, le général Gonse entretenait avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu’il ne fait pas bon d’avoir surpris.

À Paris, la vérité marchait, irrésistible, et l’on sait de quelle façon l’orage attendu éclata. M. Mathieu Dreyfus dénonça le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où M. Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des Sceaux, une demande en révision du procès. Et c’est ici que le commandant Esterhazy paraît. Des témoignages le montrent d’abord affolé, prêt au suicide ou à la fuite. Puis, tout d’un coup, il paye d’audace, il étonne Paris par la violence de son attitude. C’est que du secours lui était venu, il avait reçu une lettre anonyme l’avertissant des menées de ses ennemis, une dame mystérieuse s’était même dérangée de nuit pour lui remettre une pièce volée à l’état-major, qui devait le sauver. Et je ne puis m’empêcher de retrouver là le lieutenant-colonel du Paty de Clam, en reconnaissant les expédients de son imagination fertile. Son œuvre, la culpabilité de Dreyfus, était en péril, et il a voulu sûrement défendre son œuvre. La révision du procès, mais c’était l’écroulement du roman- feuilleton si extravagant, si tragique, dont le dénouement abominable a lieu à l’île du Diable ! C’est ce qu’il ne pouvait permettre. Dès lors, le duel va avoir lieu entre le lieutenant-colonel Picquart et le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l’un le visage découvert, l’autre masqué. On les retrouvera prochainement tous deux devant la justice civile. Au fond, c’est toujours l’état-major qui se défend, qui ne veut pas avouer son crime, dont l’abomination grandit d’heure en heure.

On s’est demandé avec stupeur quels étaient les protecteurs du commandant Esterhazy. C’est d’abord, dans l’ombre, le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui a tout machiné, qui a tout conduit. Sa main se trahit aux moyens saugrenus. Puis, c’est le général de Boisdeffre, c’est le général Gonse, c’est le général Billot lui-même, qui sont bien obligés de faire acquitter le commandant, puisqu’ils ne peuvent laisser reconnaître l’innocence de Dreyfus, sans que les bureaux de la guerre croulent dans le mépris public. Et le beau résultat de cette situation prodigieuse est que l’honnête homme, là-dedans, le lieutenant-colonel Picquart, qui seul a fait son devoir, va être la victime, celui qu’on bafouera et qu’on punira. Ô justice, quelle affreuse désespérance serre le cœur ! On va jusqu’à dire que c’est lui le faussaire, qu’il a fabriqué la carte-télégramme pour perdre Esterhazy. Mais, grand Dieu ! pourquoi ? dans quel but ? donnez un motif. Est-ce que celui-là aussi est payé par les juifs ? Le joli de l’histoire est qu’il était justement antisémite. Oui ! nous assistons à ce spectacle infâme, des hommes perdus de dettes et de crimes dont on proclame l’innocence, tandis qu’on frappe l’honneur même, un homme à la vie sans tache ! Quand une société en est là, elle tombe en décomposition.

Voilà donc, monsieur le Président, l’affaire Esterhazy : un coupable qu’il s’agissait d’innocenter. Depuis bientôt deux mois, nous pouvons suivre heure par heure la belle besogne. J’abrège, car ce n’est ici, en gros, que le résumé de l’histoire dont les brûlantes pages seront un jour écrites tout au long. Et nous avons donc vu le général de Pellieux, puis le commandant Ravary, conduire une enquête scélérate d’où les coquins sortent transfigurés et les honnêtes gens salis. Puis, on a convoqué le conseil de guerre.

Comment a-t-on pu espérer qu’un conseil de guerre déferait ce qu’un conseil de guerre avait fait ?

Je ne parle même pas du choix toujours possible des juges. L’idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir d’équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministre de la Guerre, le grand chef, a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l’autorité de la chose jugée, vous voulez qu’un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner. L’opinion préconçue qu’ils ont apportée sur leur siège, est évidemment celle-ci : « Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre, il est donc coupable ; et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent ; or nous savons que reconnaître la culpabilité d’Esterhazy, ce serait proclamer l’innocence de Dreyfus. » Rien ne pouvait les faire sortir de là.

Ils ont rendu une sentence inique, qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel. Son excuse, je le répète, est que le chef suprême avait parlé, déclarant la chose jugée inattaquable, sainte et supérieure aux hommes, de sorte que des inférieurs ne pouvaient dire le contraire. On nous parle de l’honneur de l’armée, on veut que nous l’aimions, la respections. Ah ! certes, oui, l’armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple, et nous n’avons pour elle que tendresse et respect. Mais il ne s’agit pas d’elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice. Il s’agit du sabre, le maître qu’on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non !

Je l’ai démontré d’autre part : l’affaire Dreyfus était l’affaire des bureaux de la guerre, un officier de l’état-major, dénoncé par ses camarades de l’état-major, condamné sous la pression des chefs de l’état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l’état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n’ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus. Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d’un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d’angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale ! Et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie ! On s’épouvante devant le jour terrible que vient d’y jeter l’affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d’un malheureux, d’un « sale juif » ! Ah ! tout ce qui s’est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des mœurs d’inquisition et de tyrannie, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d’État !

Et c’est un crime encore que de s’être appuyé sur la presse immonde, que de s’être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité. C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des œuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’œuvre prochaine de vérité et de justice.

Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies ! Je me doute de l’écroulement qui doit avoir lieu dans l’âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu’il finira par éprouver un remords, celui de n’avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l’interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas. Il a été le grand honnête homme, l’homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle- même, surtout lorsqu’elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour. À quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt le soleil allait luire ? Et c’est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui, par un sentiment de haute dignité, n’a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l’honorent d’autant plus que, pendant qu’il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux cœurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait. Et l’on a même vu, pour le lieutenant-colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l’accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s’expliquer et se défendre. Je dis que ceci est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice.

Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Éclair et dans L’Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !

J’attends.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

 

ÉMILE ZOLA 

B) --DOCUMENT ~ Éloge funèbre d’Émile Zola

Anatole France
5 octobre, 1902

Messieurs,

Appelé par les amis d’Émile Zola à parler sur cette tombe, j’apporterai d’abord l’hommage de leur respect et de leur douleur à celle qui fut durant quarante années la compagne de sa vie, qui partagea, allégea les fatigues des débuts, égaya les jours de gloire et le soutint de son infatigable dévouement aux heures agitées et cruelles.

Messieurs,
Rendant à Émile Zola, au nom de ses amis, les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.

L’œuvre littéraire de Zola est immense. Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.

Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes étaient poussés avec une égale véhémence. On fit parfois au puissant écrivain (je le sais par moi-même) des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.

Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la grandeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure.

Il voulait que, sur la terre, sans cesse un plus grand nombre d’hommes fussent appelés au bonheur. Il espérait en la pensée, en la science. Il attendait de la force nouvelle, de la machine, l’affranchissement progressif de l’humanité laborieuse.

Ce réaliste sincère était un ardent idéaliste. Son œuvre n’est comparable en grandeur qu’à celle de Tolstoï. Ce sont deux vastes cités idéales élevées par la lyre aux deux extrémités de la pensée européenne. Elles sont toutes deux généreuses et pacifiques. Mais celle de Tolstoï est la cité de la résignation. Celle de Zola est la cité du travail.

Zola, jeune encore, avait conquis la gloire. Tranquille et célèbre, il jouissait du fruit de son labeur, quand il s’arracha lui-même, d’un coup, à son repos, au travail qu’il aimait, aux joies paisibles de sa vie. Il ne faut prononcer sur un cercueil que des paroles graves et sereines et ne donner que des signes de calme et d’harmonie. Mais vous savez, Messieurs, qu’il n’y a de calme que dans la justice, de repos que dans la vérité. Je ne parle pas de la vérité philosophique, objet de nos éternelles disputes, mais de cette vérité morale que nous pouvons tous saisir parce qu’elle est relative, sensible, conforme à notre nature et si proche de nous qu’un enfant peut la toucher de la main. Je ne trahirai pas la justice qui m’ordonne de louer ce qui est louable. Je ne cacherai pas la vérité dans un lâche silence. Et pourquoi nous taire? Est-ce qu’il se taisent, eux, ses calomniateurs? Je ne dirai que ce qu’il faut dire sur ce cercueil, et je dirai tout ce qu’il faut dire.

Devant rappeler la lutte entreprise par Zola pour la justice et la vérité, m’est-il possible de garder le silence sur ces hommes acharnés à la ruine d’un innocent et qui, se sentant perdus s’il était sauvé, l’accablaient avec l’audace désespérée de la peur? Comment les écarter de votre vue alors que je dois vous montrer Zola se dressant, faible et désarmé, devant eux? Puis-je taire leurs mensonges? Ce serait taire sa droiture héroïque. Puis-je taire leurs crimes? Ce serait taire sa vertu. Puis-je taire les outrages et les calomnies dont ils l’ont poursuivi? Ce serait taire sa récompense et ses honneurs. Puis-je taire leur honte? Ce serait taire sa gloire. Non! je parlerai.

Avec le calme et la fermeté que donne le spectacle de la mort, je rappellerai les jours obscurs où l’égoïsme et la peur étaient assis au Conseil du Gouvernement. L’iniquité commençait à être connue, mais on la sentait soutenue et défendue par de telles forces publiques et secrètes, que les plus fermes hésitaient. Ceux qui avaient le devoir de parler se taisaient. Les meilleurs, qui ne craignaient pas pour eux-mêmes, craignaient d’engager leur parti dans d’effroyables dangers. Égarée par de monstrueux mensonges, excitée par d’odieuses déclamations, la foule du peuple, se croyant trahie, s’exaspérait. Les chefs de l’opinion, trop souvent, caressaient l’erreur, qu’ils désespéraient de détruire. Les ténèbres s’épaississaient. Un silence sinistre régnait. C’est alors que Zola écrivit au président de la République cette lettre mesurée et terrible qui dénonçait le faux et la forfaiture.

De quelles fureurs il fut alors assailli par les criminels, par leurs défenseurs intéressés, par leurs complices involontaires, par les partis coalisés de toutes les réactions, par la foule trompée, vous le savez et vous avez vu des âmes innocentes se joindre avec une sainte simplicité aux hideux cortège des aboyeurs à gages. Vous avez entendu les hurlements de rage et les cris de mort dont il fut poursuivi jusque dans le Palais de Justice, durant ce long procès jugé dans l’ignorance volontaire de la cause, sur de faux témoignages, dans le cliquetis des épées.

Je vois ici quelques-uns de ceux qui, se tenant alors à son côté, partagèrent ses périls : qu’ils disent si jamais plus d’outrages furent jetés à un juste! Qu’ils disent aussi avec quelle fermeté il les supporta! Qu’ils disent si sa bonté robuste, sa mâle pitié, sa douceur se démentirent une seule fois et si sa constance en fut ébranlée.

En ces jours scélérats, plus d’un bon citoyen désespéra du salut de la patrie et de la fortune morale de la France. Les républicains défenseurs du régime actuel n’étaient pas seuls atterrés. On entendit un des ennemis les plus résolus de ce régime, un socialiste irréconciliable s’écrier amèrement :" Si cette société est à ce point corrompue, ses débris immondes ne pourront même pas servir de fondement à une société nouvelle." Justice, honneur, pensée, tout semblait perdu.

Tout était sauvé. Zola n’avait pas seulement révélé une erreur judiciaire, il avait dénoncé la conjuration de toutes les forces de violence et d’oppression unies pour tuer en France la justice sociale, l’idée républicaine et la pensée libre. Sa parole courageuse avait réveillé la France.

Les conséquences de son acte sont incalculables. Elles se déroulent aujourd’hui avec une force et une majesté puissantes; elles s’étendent indéfiniment : elles ont déterminé un mouvement d’équité sociale qui ne s’arrêtera pas. Il en sort un nouvel ordre de choses fondé sur une justice meilleure et sur une connaissance plus profonde des droits de tous.

Messieurs,

Il n’y a qu’un pays au monde dans lequel ces grandes choses pouvaient s’accomplir. Qu’il est admirable, le génie de notre patrie! Qu’elle est belle, cette âme de la France, qui dans les siècles passés, enseigna le droit à l’Europe et au monde! La France est le pays de la raison ornée et des pensées bienveillantes, la terre des magistrats équitables et des philosophes humains, la patrie de Turgot, de Montesquieu, de Voltaire et de Malesherbes. Zola a bien mérité de la patrie, en ne désespérant pas de la justice en France.

Ne le plaignons pas d’avoir enduré et souffert. Envions-le. Dressée sur le plus prodigieux amas d’outrages que la sottise, l’ignorance et la méchanceté aient jamais élevé, sa gloire atteint une hauteur inaccessible.

Envions-le : il a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense et par un grand acte. Envions-le, sa destinée et son cœur lui firent le sort le plus grand : il fut un moment de la conscience humaine.

COMMENTAIRE, André BOURGEOIS

Source: Site Anatole France

On le sait, Anatole France, dans un premier temps, eut des mots assez durs pour qualifier l'oeuvre d'Emile Zola. C'est par l'Affaire (Dreyfus) que les deux hommes se rapprochèrent et devinrent amis. Emile Zola était un de ces écrivains qui poursuivent leur tâche loin de la furie des hommes même quand il la déchaînait involontairement. Il n'aimait pas la foule, il avait bien raison, elle n'est jamais bonne, elle se montre toujours versatile, prête à se donner au premier braillard venu.

C'est cet homme discret, écrivain qui connaissait un immense succès dans le même temps qu'il était vilipendé par toute la société dite bien-pensante, qui se lança dans la bataille pour la défense d'un innocent alors que tout paraissait perdu. Tout le monde connaît l'histoire. Le 13 janvier 1898, Emile Zola faisait paraître dans le journal l'Aurore un pamphlet sous forme d'une lettre au Président de la république, dont le titre " J'accuse " concernait les hommes compromis dans cette sinistre comédie militaro-judiciaire.

Ce sera le début de la déroute du parti noir et sabre, Armée et Eglise, armée de revanchards et de traîtres, celle des massacres encore frais des communards, de la défaite honteuse de Sedan, qui ira jusqu'à porter en triomphe Esterhazy, Eglise elle aussi de revanchards et de comploteurs qui récoltera bientôt une partie de ce qu'elle mérite sous le gouvernement des trois Jules. ( J'en profite pour dire bien fort que nous n'avons rien à voir avec les valeurs pseudo civilisatrices de cette Eglise et d'un christianisme qui ne fut jamais que bruits et fureurs. )

Zola sera obligé de s'exiler pour échapper à une justice " aux ordres ". Mais rien ne pourra sauver le parti du crime et de la forfaiture. Dreyfus sera gracié puis réhabilité, la justice militaire et l'Etat-Major déconsidérés.

En France comme ailleurs, l'extrême droite et la droite ont toujours été les partis du crime et de l'assassinat. Jaurès tombera sous leurs coups après de nombreux appels au meurtre, conséquente la république des assassins acquittera son meurtrier. Zola, lui aussi, aura payé depuis longtemps de sa vie la victoire sur l'injustice. On aura peur, on taira le forfait. Que se serait-il produit si on l'avait avoué ? C'était bien le problème. Connu le crime ne sera pas reconnu pendant de nombreuses années. Aujourd'hui, il importe de le savoir : les sbires du parti noir des ratichons, du parti tricolore des assassins galonnés, les mêmes qui conduiront au massacre par pure connerie trois cent mille hommes durant le premier mois de guerre, puis, qui fusilleront leurs propres troupes pour cacher leur incompétence criminelle, ont assassiné un des plus grands écrivains français après l'avoir traîné dans la boue dans leur presse de militaro-sacristienne.

Un correspondant québécois m'a suggéré de mettre sur mon site le texte de l'hommage à Emile Zola que prononça sur sa tombe son ami Anatole France. Je le fais avec un grand plaisir en hommage aux deux hommes et à leur ami, Jaurès, lui aussi victime du parti nationaliste, la droite éternelle, le parti de Barrès, du fric, des curés et des généraux, le parti des tueurs.

 

C--Discours de Jaurès lors de l'entrée de ZOLA au Panthéon

Vers l’avenir (Jaurès parle de Zola, 1908)

Juin 1908. Les cendres de Zola (mort en 1902) sont transférées au Panthéon. Jaurès consacre au romancier, au dreyfusard, au socialiste, son éditorial de L’Humanité, qu’il titre : Vers l’avenir.

La rumeur d’outrage qui enveloppe le nom et le cercueil de Zola est une rumeur de gloire. C’est parce qu’il a donné les dernières années de sa vie à une grande oeuvre de vérité et de droit que l’insulte et la calomnie le suivent jusque sous les voûtes du Panthéon.

Ce fut pour lui une dure épreuve et, sans doute, il n’en avait pas mesuré d’emblée toute l’étendue. Scheurer-Kestner avait l’habitude de dire, avec une haute et mélancolique résignation : « J’ai péché par orgueil. » Il voulait dire qu’il s’était exagéré l’influence que l’autorité de sa vie et de sa parole aurait sur les événements et sur la force trouble des passions. Zola avait pensé, je crois, que l’intervention d’un grand écrivain, en pleine gloire et visiblement désintéressé dans le sombre drame, serait pour les esprits les plus prévenus un avertissement et une lumière. Il avait compté sans la sauvagerie du nationalisme et de l’antisémitisme, sans la force de résistance des institutions de mensonge, menacées dans leur base même. Et il souffrit certainement dans son système nerveux, tendu par un long effort de travail, de la violence et de la férocité des haines déchaînées contre lui. Les manifestations atroces qui accueillirent en cour d’assises sa condamnation lui arrachèrent un cri d’étonnement douloureux : « Ce sont des cannibales ! »

L’exil aussi fut pour lui un arrachement, et j’ai vu l’ombre de tristesse qui était sur son front quand, après la séance de Versailles et sur les sages conseils de Labori, il se décida à partir.

Mais c’est précisément son honneur que, dans cette épreuve dont il n’avait pas pressenti d’abord toute la rigueur, sa foi en la vérité et en l’avenir n’ait jamais fléchi. Au contraire, sa pensée s’élargit, son espérance d’humanité s’exalta, et, comme un pêcheur qui, penché sur le fleuve trouble de la vie, ramène enfin dans ses filets un pur trésor, c’est une certitude de science et de justice qu’il ramenait du fond de l’humanité bourbeuse encore et obscure.

Quand j’eus l’honneur de le voir, pendant son exil dans ces environs de Londres, où il s’était remis au travail, il me dit : « Je ne me plains pas de l’épreuve. Elle m’a révélé la vanité de bien des choses auxquelles je tenais trop, le néant de certaines glorioles littéraires. Je pressens des temps nouveaux. Je sens monter des étoiles nouvelles. »

Elles montaient dans le soir d’une vie assombrie par l’épreuve, par l’injustice des hommes, par l’ombre de l’exil, mais qui gardait encore une profonde rumeur d’action. Elles rayonnaient d’une force invincible sur son oeuvre vaste et mêlée, sur son expérience confuse et tragique, comme ces étoiles qui se lèvent d’une douceur souveraine sur le Paris nocturne, énorme et tumultueux encore, fangeux et splendide, tout plein de vice et tout plein de rêve, et dont les nuits étranges, mêlées de frissons sublimes et de spasmes abjects, de lueurs sidérales et de reflets boueux, semblent méditer de surprenantes aurores, où toutes les âmes se laveront, les unes de leur boue, les autres de leur orgueil, dans une même lumière, dans la même fraîcheur matinale du monde renouvelé.

Ce ne sera pas la victoire d’un idéalisme timide et partiel procédant par sélection ; ce ne sera pas l’étroite libération d’une élite : ce sera l’affranchissement de toute l’humanité, avouant et étalant ses misères, ses haillons ses bouges, et trouvant enfin, dans cet énergique aveu de soi-même, la force de se libérer, d’appeler sur tous la science et le bonheur.

En ce rêve, incomplet sans doute et qui ne comprend pas tout l’homme, mais qui dépasse infiniment les horizons prochains du socialisme même, la pensée de Zola s’élargissait. Et tout ce qu’il y avait d’idéalisme latent dans son naturalisme outrancier se dégageait. C’est cette force sublime d’espérance, palpitant dans la grossièreté même de la vie, qui va tout à l’heure entrer au Panthéon.

 

Les autres textes sur ZOLA

 

1) ZOLA Texte pris sur internet Larousse

 

Chef de file du naturalisme, Émile Zola s’efforça d’appliquer la rigueur scientifique à l’écriture du roman. Ancré dans la France du second Empire, régime qu'il détestait, son cycle romanesque des Rougon-Macquart brosse une fresque psychologique et sociale inégalée dans la littérature française. Il fut aussi un ardent combattant pour la justice et la vérité, lors de l'affaire Dreyfus, qui déchira la France de la IIIe République.

 

Naissance

 Émile Édouard Charles Antoine Zola naît le 2 avril 1840 à Paris, au 10, rue Saint-Joseph.

 

Famille 

Père ingénieur italien (François Zola), mère beauceronne (née Émilie Aubert). Installation en 1843 à Aix-en-Provence. Mort du père en 1847 : la famille est dans la gêne.

 Jeunes années (1840-1862)

 

À Aix, se lie avec Paul Cézanne. Revient à Paris avec sa mère. Échec au baccalauréat (1859) et abandon des études. Entre en 1862 chez Hachette ; y passe d'un emploi subalterne à la direction du service publicité.

 

Journaliste et écrivain (1862-1867)

 Publie les Contes à Ninon (1864), puis son premier roman, La Confession de Claude (1865). À partir de 1866, collaboration à plusieurs journaux, critique littéraire et artistique : admiration du réalisme d'Édouard Manet (Mes Haines, 1866).

 

Écrivain naturaliste (1867-1877)

 Après Thérèse Raquin (1867) et Madeleine Férat (1868), conçoit la série des Rougon-Macquart dès 1868 mais n'en lance la publication qu'après la chute de Napoléon III : le cycle des Rougon-Macquart devient l’histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. Mariage avec Alexandrine Meley (1870). Parution de la Fortune des Rougon (1871) ; le Ventre de Paris (1873). Attentif à la vie quotidienne et à la détresse jusque dans les classes inférieures de la société, l’auteur est accusé de se complaire dans l’ordure.

 

Chef d’école (1877-1893)

 Scandale et triomphe de l'Assommoir (1877), qui installe Zola dans la position de maître du naturalisme – et dans l’aisance matérielle. Achète une maison à Médan (1878) et y reçoit ses disciples. Intense activité critique pour promouvoir l’esthétique naturaliste (le Roman expérimental, 1880). Suite des Rougon-Macquart : Nana (1880), Pot-Bouille (1882), Au bonheur des dames (1883) et consécration avec Germinal (1885)… Achèvement de la série des Rougon-Macquart (1893), avec une certaine lassitude. Liaison avec Jeanne Rozerot, une lingère au service de sa femme ; elle lui donne deux enfants : Denise (1889) et Jacques (1891).

 

Fervent dreyfusard

 Retour au journalisme politique et engagement décisif dans l'affaire Dreyfus. Zola publie à la une de l'Aurore une lettre ouverte au président de la République : J'accuse…! (1898) . Condamné pour diffamation, il s’exile à Londres (1898-1899) pour se soustraire à la prison. Il écrit encore la Vérité en marche (1901) en faveur de la réhabilitation du capitaine Dreyfus.

 

Dernières années

 19 candidatures pour être élu à l’Académie française (1890-1898), autant d’échecs. Derniers cycles romanesques, dans une perspective messianique : les Trois Villes (1894-1898) ; les Quatre Évangiles (1899-inachevé).

 

Mort (accidentelle ?)

 Meurt par asphyxie (intoxication par inhalation de gaz toxiques) dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, à Paris. La thèse de l'obstruction volontaire de la cheminée par un antidreyfusard est aujourd'hui privilégiée. Obsèques grandioses. Transfert des restes de Zola au Panthéon le 4 juin 1908. 
« Envions-le : il a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense et par un grand acte. Envions-le, sa destinée et son cœur lui firent le sort le plus grand : 
il fut un moment de la conscience humaine. »(Éloge funèbre prononcé par Anatole France, le 5 octobre 1902).

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2Émile Zola (1840 - 1902)

 Un «intellectuel» en politique

 Né à Paris d'un père ingénieur d'origine vénitienne, le futur écrivain fait des études à Aix-en-Provence. Il rate le bac «à cause du français» mais n'en deviendra pas moins un écrivains très populaire ! C'est toutefois son action en faveur du capitaine Dreyfus qui lui vaut sa place dans l'Histoire.
Fabienne Vignolle

 Jeune journaliste, Zola apporte en 1866 dans L'Événement son soutien au peintre Édouard Manet qui fera de lui le portrait ci-contre. Il commence à publier des romans (Thérèse Raquin).

Après la chute de Napoléon III, Zola entreprend une vaste fresque romanesque, le cycle des Rougon-Macquart. Dans cette fresque qui occupera 25 ans de sa vie, il se propose d'illustrer les effets de l'hérédité génétique sur les individus, selon une démarche prétendument scientifique très contestable d'un point de vue éthique.

Doué d'une immense force de travail, Zola s'astreint à une discipline monastique ce qui lui permet de poursuivre une carrière journalistique honorable en marge de ses travaux romanesques. Le succès lui vient avec la publication fracassante de L'Assommoir en 1877. 

Le 1er mai 1880, l'écrivain publie le manifeste de l'école naturaliste dont il s'affiche comme le chef incontesté : Les soirées de Médan. S'efforçant de décrire dans ses romans tous les milieux sociaux aussi exactement que possible, il n'hésite pas à descendre dans les mines pour Germinal et à faire le voyage de Mantes sur la plate-forme d'une locomotive à vapeur pour La bête humaine.

 La publication du roman L'Oeuvre le brouille avec son ami Cézanne qu'il a mis en scène. Mais l'écrivain retrouve une nouvelle jeunesse avec une lingère de vingt ans, Jeanne Rozerot, qui devient sa maîtresse et lui donnera deux enfants. L'épouse stérile s'accommodera à la longue de cette liaison.

 L'ultime combat

 Comblé de gloire, Zola entame une deuxième vie en publiant dans le journal L'Aurore du 13 janvier 1898 un article retentissant qui dénonce l'injuste condamnation en 1895 d'un officier de confession israélite sous l'accusation d'espionnage et relance l'Affaire Dreyfus.

 Le vieil écrivain passe en justice sous l'accusation de diffamation et s'exile en Angleterre pour échapper à la prison. Dans l'épreuve, sa popularité monte au zénith et il reçoit le soutien de nombreux dreyfusards, écrivains, artistes, hommes politiques (Georges Clemenceau...). Leur combat marque l'entrée des «intellectuels» en politique. C'est le début d'une tradition d'engagement qui marquera le XXe siècle et ne sera pas exempte de faux-pas éthiques (approbation des procès staliniens dans les années 1930).

 Dans la nuit du 29 septembre 1902, Émile Zola meurt asphyxié par le gaz dans sa chambre à coucher. Son épouse, également intoxiquée, est quant à elle ranimée par les sauveteurs. Le bruit court que le romancier s'est suicidé ou qu'il a été assassiné... Beaucoup pensent alors qu'il a été victime de son engagement en faveur de Dreyfus, mais rien ne viendra corroborer ces soupçons. La dépouille de Zola sera conduite au Panthéon le 4 juin 1908.

 

3) DOSSIER ET INFORMATIONS SUR CET AUTEUR

  

POURQUOI LIRE EMILE ZOLA AUJOURD’HUI ?

 
Écrivain et journaliste, Émile Zola est l’un des romanciers français les plus publiés et traduits au monde. Chef de file du courant naturaliste, ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision. Également célébré pour son engagement politique dans l’affaire Dreyfus, l’écrivain a toujours porté haut ses opinions, s’armant d’une plume directe et simple à laquelle la prose du siècle dernier doit beaucoup. 

Né à Paris en 1840, Émile Zola, orphelin de père, est élevé par sa mère et sa grand-mère dans la capitale. Envoyé étudier à Aix-en-Provence, le jeune Émile rencontre 
Paul Cézanne, grâce à qui il se découvre une passion pour la peinture. Son intérêt pour l’écriture se manifeste dès son entrée au collège, où il entame la rédaction de son premier roman. A 18 ans, Zola décide de quitter la province pour rejoindre sa mère, dans l’espoir de trouver le succès. L’année suivante, il échoue pour la deuxième fois au baccalauréat. Fortement marqué, le jeune homme est persuadé d’avoir déçu sa mère et s’effraie face aux difficultés financières qui l’attendent sans son diplôme. 1861 est l’année de son premier amour déçu, un an après sa rencontre avec Berthe, une prostituée qu’il tente de remettre dans le droit chemin en essayant de lui donner goût au “travail”. Confronté aux dures réalités de la vie, il raconte sa déception dans son premier roman, La Confession de Claude, publié quelques années plus tard. Toujours fasciné par la peinture, il se rapproche des artistes impressionnistes et se lie d’amitié avec Manet. En revanche, la publication de son roman, L’Oeuvre, met fin pour de nombreuses années à sa relation avec son vieil ami Cézanne, qui croit se reconnaître dans la figure de l’artiste raté Claude Lantier. 

Sans son baccalauréat, Zola affronte la réalité du marché et après quelques petits emplois précaires, il parvient à se faire embaucher par Louis Hachette en tant que commis dans sa librairie en 1862. Très vite, il s’élève au rang de publicitaire, l’équivalent actuel d’attaché de presse, dont la mission consiste à lire les publications Hachette pour convaincre les critiques de la qualité des ouvrages. Baigné dans l’univers d’une grande entreprise, il se servira plus tard des souvenirs de cette époque pour écrire 
Les Rougon-Macquart, tome 11: Au bonheur des dames. Travailleur acharné, il parvient à faire publier son premier ouvrage, Les Contes à Ninon en 1864. Dès lors, l’écrivain en herbe collabore régulièrement avec les rubriques de critiques littéraires et artistiques de différents journaux, ce qui lui permet de dévoiler ses qualités d’écrivain au grand public. Faisant preuve d’une grande sociabilité, Zola intègre peu à peu les grands journaux à qui il propose des chroniques dramatiques et littéraires. Parmi ces critiques, il aime à défendre les peintres impressionnistes, dont il essaye de s’inspirer dans son écriture. C’est ainsi qu’apparaît pour la première fois ce qui ne s'appelle pas encore le « naturalisme » avec la publication de Thérèse Raquin dans lequel il esquisse l’écriture “biologique”. L’ouvrage rencontre un immense succès public, alors que les critiques dénoncent sa dureté et n’hésitent pas à le qualifier de “littérature putride”, forçant l’auteur à reprendre la plume afin d’en justifier les prétentions scientifiques. D’ailleurs, plus que ses chroniques, ce sont surtout ses romans publiés sous forme de feuilletons par l’intermédiaire des journaux comme La Presse, qui vont faire grandir sa notoriété. 

Dès 1868, la popularité de Zola grandit, ce qui lui permet de rencontrer 
Gustave Flaubert qui l’introduit auprès d’Alphonse Daudet et de Ivan Tourgueniev. Ce petit groupe d’écrivains se retrouve lors de réunions dominicales, dont Zola restera nostalgique toute sa vie. 1868 reste avant tout l’année où Zola décide de se lancer dans le plus grand projet de sa vie d’écrivain : Les Rougon-Macquart. Histoire Naturelle Et Sociale D`Une Fam..., saga littéraire plus connue sous le nom de Rougon-Macquart. Inspiré par M. Honore de Balzacet le pluralisme de son oeuvre, Zola décide de proposer un cycle reposant sur l’histoire d’une famille issue de deux branches : les Rougon, la famille légitime, et les Macquart, la branche bâtarde. Mettant en scène cinq générations de personnages, l’ensemble ne compte pas moins de 20 volumes. Si Zola est encore connu aujourd’hui, c’est en grande partie pour ce monument littéraire qu’il a construit pendant une vingtaine d’années. Critiqués par les uns, admirés par les autres, les Rougon-Macquart achèvent d’imposer Zola à la tête d’une école littéraire perçue comme la synthèse du romantisme de Victor Hugo, du réalisme de Balzac et des analyses de la société contemporaine empreinte de sociologie des frères Edmond et Jules de Goncourt

C’est en 1878 que démarrent les soirées de Médan, province dans laquelle Zola possède une maison de campagne. Avec 
Guy de MaupassantPaul AlexisJoris-Karl HuysmansLéon Hennique et Henry Céard, ils constituent “le groupe des six” à partir de 1880. Cette période est relativement prolifique pour l’écrivain qui publie un roman par an ainsi que quelques pièces de théâtre. Depuis en proie à des difficultés financières, sa situation se stabilise suite à l’énorme succès rencontré par la publication de Les Rougon-Macquart, tome 7 : L`Assommoir en 1877 qui l’installe dans la position de maître du naturalisme. Bien sûr, si l’écrivain rencontre un certain succès auprès de son public, cela n’empêche pas la foudre de la critique de s'épandre. Ce démêlé avec ses pairs est loin d’être le seul à son actif, il essuie en effet par la suite les injures subséquentes à la publication de Les Rougon-Macquart, tome 9 : Nana en 1879. L’ouvrage, inscrit dans la thématique très courue à l’époque de “bicherie parisienne”, est qualifiée par ses adversaires d’oeuvre pornographique et sordide. Du côté des lecteurs, il en est tout autre : les exemplaires de Nana s’arrachent en librairie, par delà même les frontières françaises. 

Les dernières années de Zola sont dominées par l’affaire Dreyfus et ses contrecoups. Entré à 
La Tribune, un hebdomadaire républicain quelques années auparavant, il pratique ses talents de polémistes en proposant des satyres anti-impérialistes. Quelques années plus tard, il s’engage dans la défense des communards amnistiés, qu’il évoquera par l’intermédiaire des parias de la Révolution de 1848, dans 
Le Ventre de Paris, par Émile Zola [édition 1873]. Mais ce que l’histoire retient principalement de lui c’est son engagement dans l’affaire Dreyfus en 1897. C’est dans le journal L’Aurore qu’il publie son célèbre “J’accuse” lettre ouverte au président de la République, dans laquelle il s’oppose ouvertement à l’antisémitisme régnant : 

“Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ? Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre nom - j’allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus !”

Face aux vives réactions que provoque la publication de son article, l’auteur choisit de partir pour l’Angleterre avant la fin du procès et ne reviendra que onze mois plus tard, avec
 Fécondité, son dernier roman en poche. Le 29 septembre 1902, Zola et son épouse sont intoxiqués pendant la nuit, par la combustion d’un feu couvert produit par la cheminée de leur chambre. A l’arrivée des médecins, Zola disparaît alors que son épouse lui survit. 

Parmi les plus grands mentors de la modernité, Zola, l’homme sociable par excellence, a su atteindre le Panthéon français des écrivains classiques. C’est pour son écriture cinématographique, pour sa lutte acharnée pour la liberté et son combat contre l’antisémitisme que les phrases d’Emile Zola résonnent et pour longtemps encore dans la plupart des salles de classes. Écrivain humain, il est l’auteur qui parle à l’homme parmi la foule, c’est la plume qui donne pour la première fois à la science, au peuple et au social toute son importance. 
 

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • Il existe un barrage Zola à Aix-en-Provence. Il porte le nom de son architecte, François Zola, le père d’Emile
• Zola a accepté la croix de la Légion d'honneur à condition d'être dispensé d’en faire la demande écrite officielle. Il en sera cependant suspendu le 26 juillet 1898 en raison de sa condamnation consécutive à l’affaire Dreyfus
• Émile Zola essuie 25 refus successifs à l’Académie Française
• Zola a rédigé son premier roman alors qu’il entrait au collège, un roman sur les Croisades. Il affirme à ses amis qu’il sera un jour célèbre pour ses écrits
• Zola est un fanatique de peinture. Il a eu la chance de côtoyer de nombreux peintres comme Cézanne ou encore Renoir ou Manet
• Manet a d’ailleurs peint le portrait de Zola en guise de remerciement à l’auteur qui avait mis en avant les talents du peintre dans la 
Revue du XXème siècle pour laquelle il écrivait 
• Zola possédait un chien nommé Pinpin 
• En plus de l’écriture, Zola se passionne pour la photographie. Fasciné par l'exposition universelle de 1900, il la photographie sous toutes les coutures, laissant un impressionnant reportage photographique pour l'histoire

 

 

 

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