FRANCIS JAMMES  par Jacques LE GALL

 

FRANCIS JAMMES & L’Espagne

(Partage et culture en Aspe, le 14 mars 2015)

 

            Francis Jammes est, sans aucun doute, un écrivain pyrénéen. À l’exception des huit années bordelaises (de mars 1880 à décembre 1888), il a passé toute sa vie en belle vue des montagnes, bigourdanes, basques ou béarnaises. Grand marcheur (chasseur et pêcheur par dessus le marché), il a bien davantage fréquenté la vallée d’Ossau, les Aldudes ou l’Ursuya (au-dessus d’Hasparren, où il passe les dernières années de sa vie) que la vallée d’Aspe.

 

            Il n’en a pas moins écrit, en 1915, un Cantique de N. D. de Sarrance auquel ne peut pas être insensible un Aspois, croyant ou pas. Voici 5 des 29 quintils de ce cantique naïf – volontairement naÏf – que Darius Milhaud a mis en musique. Les vers sont des hexasyllabes, rimés abbab :

 Dans le val de Sarrance
Où les champs étagés
Encadrent les bergers,
L'onde a la transparence
D'un air toujours léger.


Or près d'un lit de pierres,
Que recouvraient les eaux,
Le plus gras des taureaux
Semblait être en prière,
À genoux, les yeux clos.


Son maître tout de suite
Alla chercher non loin
Pour le prendre à témoin
Un qui pêchait des truites
Et qui aussitôt vint.

Et tous deux sur la berge
Se penchant voient au fond
Du gave peu profond
L'image de la Vierge
Qu'ici nous honorons.

                

Étoile de Sarrance,

Conduisez les pasteurs,

Illuminez leurs cœurs,

Quand la brume s’avance

En noyant les hauteurs !

 

 

 

Repères biographiques

 

            Francis Jammes naît à Tournay (Bigorre) le 2 décembre 1868 :

 Je suis né à Tournay, sur le flanc de cette falaise que battent incessamment les ondes aériennes, et qui est la chaîne des Hautes-Pyrénées.

 

            Cette enfance au pied des Pyrénées est capitale. Il en plaisante parfois :

 A cinq ans, j’ai envisagé très sérieusement trois charges : la papauté, la royauté et un poste de facteur rural. Je ne suis devenu que

       Votre dévoué poète

 

 

            Mais, toute sa vie, le poète gardera le souvenir d’une cabane juchée au sommet d’une éminence. Son nom : « Le Paradis ». Le pèlerin (« le routier », dit-il souvent) ne cessera de cheminer vers ce paradis perdu. Il ne retrouvera la foi de son enfance qu’en 1905 (communion à Labastide-Clairence, aux côtés de Paul Claudel).

 

            Le séjour à Pau, de juin 1875 à mai 1876, chez ses grands-parents maternels, est évidemment important, lui aussi :

 

Chez mes grands-parents je couchais sur une malle en bois de camphre, cloutée de cuivre, si vaste que jamais je n’ai vu sa pareille. Elle avait été rapportée des Indes par Marcellin Bellot, frère de mon arrière-grand-père maternel qui n’avait pas su dégager des eaux du Gange l’or qui s’y trouve, ni extraire des veines de l’Himalaya le diamant et le saphir.

 

De l’Âge divin à l’Âge ingrat, p. 44

 

             Peut-être moins, cependant, que les vacances passées à Assat (chez un oncle dit « le Mexicain ») :

 

C’est dans une petite chambre bleue que j’ai découvert ma poésie, à Assat, dans l’après-midi déclinant, un certain soir. On entendait sous les cèdres les cris mélancoliques des enfants et les rires des jeunes filles.

 

L’Amour, les Muses et la Chasse, p. 69

 

            Moins important, à coup sûr, que la longue période orthézienne (de décembre 1888 à août 1921). C’est dans cette petite ville que le jeune Jammes (il y vit avec sa chère mère) recouvre une santé morale que son hypersensibilité et divers échecs (au baccalauréat par exemple : 0/20 en français…) avaient compromise. Trois citations (parmi d’autres) pour illustrer l’importance qu’Orthez eut pour le jeune homme :

 

Je me sentais sauvé par cette oasis de six mille habitants que la Providence avait placée sur ma route au moment que mon dromadaire s’enlisait dans le chott.

 

L’Amour, les Muses et la Chasse, pp. 123-124

 

Mon lit est blotti entre ce grain de sable : les Pyrénées, et cette goutte d’eau : l’Océan-Atlantique. J’habite Orthez. Mon nom est inscrit à la Mairie

 et je m’appelle : Francis Jammes.

 

Orthez m’a rendu la santé,

peut-être même dirai-je la vie.

 

            Francis Jammes se marie en 1905 (tardivement donc, et après plusieurs désillusions amoureuses). Le couple aura sept enfants (et l’écrivain doit faire vivre tout ce monde, d’abord et surtout avec sa plume, alors qu’il vit si loin de… Paris). Il termine sa vie à Hasparren où il meurt le 1er novembre 1938. 

 

L’Espagne et les Espagnols dans la vie de Francis Jammes 

 

            Les premiers contacts avec les Espagnols et l’Espagne auront lieu à Pau. Et ils sont de deux ordres. Le mémorialiste (quatre volumes, mais le quatrième est inachevé[1]) a portraituré avec sa verve habituelle ces hidalgos que recevait son grand-père ou qu’il rencontrait lors des fêtes dont s’honorait alors la cité d’Henri IV (qualifiée par Jammes d’« élégante et gobeuse »). À l’Espagne, Jammes associera toujours le dépaysement, l’outrance, le merveilleux. La deuxième voie d’accès à l’Espagne est déjà littéraire : l’enfant s’entiche du Don Quichotte de Cervantès. Ce livre ne quittera plus jamais l’écrivain qui se reconnaît dans ce chevalier fou d’idéal, méprisé, bretteur en luttes inégales, poète rêveur, chimérique, catholique… 

 

26 mars [1938]. – J’ai repris l’un de mes livres de chevet : Don Quichotte, qui est l’un des héros à qui j’ai toujours tendu la main lorsque la maladie tant soit peu me déprime. Je lis l’histoire de l’ingénieux hidalgo dans le tome I de la traduction de Louis Viardot, dont le français coule de source, même à travers la sierra. La reliure est belle de cette œuvre éditée par Dubochet, rue de Seine, 33, en 1836, et illustrée par Tony Johannot. Sur l’une des pages de garde se lit cette dédicace au crayon du donateur, mon grand-père : « À son petit-fils Francis et copain en poésie, le dernier des Romantiques. » 

Les Airs du mois 

 

            Par la suite, devenu un jeune homme passablement faunesque, il arrivera que Francis Jammes saute dans un train et se rende en Espagne, sans crier gare : pour s’évader d’Orthez (tout de même…) ; pour y voir fleurir des fleurs (le lagoestremia indica en particulier, dont la vue lui donne « une inexplicable émotion ») ; pour y voir aussi des jeunes filles (plus tard, Proust, qui aimait beaucoup lire les Mémoires de Jammes, se souviendra de ces « jeunes filles en fleur »). Mais le piètre voyageur ne va pas plus loin qu’Irun. L’Espagne n’est, pour le Jammes de 23 ans, qu’une quête amoureuse. Il y dissimulera ses amours (ardentes, très ardentes) avec une jeune femme qu’il appelle Mamore. 

 

            Neuf ans plus tard, déchiré par la séparation d’avec Mamore, il retourne assez souvent vers l’Espagne frontalière : Fontarabie la rousse, Irun, la Bidassoa et sa « nacre chinoise ». L’Espagne des fleurs (des deux espèces) est alors, aussi et plus que jamais, un pays de musique (guitare) et de passion. 

 

            Plus tard encore, après 1905 et les lois que l’on connaît, trois de ses filles seront élèves d’un pensionnat d’Irun (celui des Dames de Saint-Maur, expulsées de France). Jammes va assez souvent les voir. C’est l’occasion de rencontres avec Miguel de Unamuno. 

 

            Enfin, en 1907, Jammes se rend à Burgos. C’est la pointe extrême de sa pénétration en Espagne : il va y voir une cousine nommée Élisa Jammes (Sœur Saint-Octave en religion : elle dirige la maison de Saint-Maur). La Vieille Castille  est pour lui la patrie du Cid et un haut lieu de la chrétienté. Mais il n’ira pas plus loin, ce qui veut dire que sa connaissance de l’Espagne réelle demeure fort limitée. En revanche, il est fait pour comprendre – sans l’avoir étudiée – l’Espagne de la démesure. 

 

            À côté de cette Espagne tragique et passionnée, le voyageur occasionnel est sensible à ce qu’il peut percevoir des mœurs ibériques. Jammes ne serait pas Jammes, s’il ne goûtait pas aussi la cocasserie de certaines coutumes, l’étrangeté de personnages ou de choses : des œufs durs sans coquille bandés de rubans bleus et roses artistement noués ; « … un vieux monsieur maigre chaussé de cuir couleur d’omelette… » ; la vente de cercueils tout faits dans une épicerie… 

 

            Le 12 janvier 1932, Jammes prononce à l’Ateneo de Saint-Sébastien (San Sebastian) une conférence intitulée « Beauté de l’Espagne » qui est précieuse pour comprendre sa relation à l’Espagne et aux Espagnols. Le texte de cette conférence se trouve dans un livre posthume paru chez Egloff, en Fribourg, en 1945. 

L’Espagne et les Espagnols dans l’œuvre de Francis Jammes  

 

            L’Espagne et les Espagnols sont très présents dans l’œuvre en prose. En particulier dans : 

       - Les Mémoires.

                                      - La Brebis égarée (c’est une pièce de théâtre).

 

       - L’Antigyde (c’est… un navet).

 

       - Almaïde d’Étremont (c’est la deuxième jeune fille inventée par             Jammes, après Clara d’Ellébeuse : deux chefs d’œuvre).

 

       - Pomme d’Anis (et donc Jonquille).

 

       - Janot-Poète (ce petit roman, très autobiographique, est à lire).

 

       - Articles parus dans Le Figaro (15 août 1907, par exemple)

 

       - Articles de La Liberté du Sud-Ouest.

 

       - Les Nuits qui me chantent (1928) : « Nocturne à Burgos ». 

 

            L’Espagne et les Espagnols sont également présents dans quelques poèmes : 

- « La Vallée d’Alméria » (1895). (Dans De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir).

 

- « Guadalupe de Alacaraz ». (Dans Le Deuil des Primevères).

 

- « Bidassoa » et « Dancharinea » (Dans Ma France poétique).              

 

                    GUADALUPE DE ALCARAZ

Guadalupe de Alcaraz a des mitaines d’or,

 

des fleurs de grenadier suspendues aux oreilles

 

et deux accroche-cœur pareils à deux énormes

 

cédilles plaqués sur son front lisse de vierge. 

 

 

Ses yeux sont dilatés comme par quelque drogue

 

(on dit qu’on employait jadis la belladone) ;

 

ils sont passionnés, étonnés et curieux,

 

et leurs prunelles noires roulent dans du blanc-bleu.

 

 

Le nez est courbe et court comme le bec des cailles.

 

Elle est dure, dorée, ronde comme une grenade.

 

Elle s’appelle aussi Rosita-Maria,

 

mais elle appelle sa duègne : carogna !

 

 

 

Toute la journée elle mange du chocolat,

 

ou bien elle se dispute avec sa perruche

 

dans un jardin de la vallée d’Alméria

 

plein de ciboules bleues, de poivriers et de ruches.

 

 

Réception de l’œuvre de F. Jammes dans la péninsule ibérique 

 

            Une bonne partie de l’œuvre a été traduite en castillan (de la prose mais aussi des recueils poétiques importants : De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir, Le Deuil des Primevères, Les Géorgiques chrétiennes). 

 

            Quelques livres ont également été traduits en catalan. Un seul (Quatorze prières) existe en galicien.  

 

Quelques notes de conclusion 

 

Jammes ne parle pas l’espagnol (hormis quelques mots). 

 

Sa connaissance da la littérature espagnole est restreinte : sa dilection va à Don Quichotteet au Cantique Spirituel de Jean de la Croix. Il cite le théâtre de Calderón de la Barca (mais jamais Tirso de Molina, Lope de Vega, Alarcón). Du XIXème, il ne parle que de Gabriel Miró et de Miguel de Unamuno. 

 

            Dans le domaine de l’art, il cite le Greco, Ribera, Murillo. Pratiquement pas ou pas du tout Morales, Velásquez, Zurbarán. Son grand peintre, c’est Goya, ne fût-ce que parce que Goya a habité à Bordeaux, comme lui. Et puis il a vu « Le duc d’Osuna ». à Bayonne. Assez étrangement, Jammes va jusqu’à dédier à Goya l’une de ses œuvres tardives : Les Robinsons basques. Parmi ses contemporains, trois noms reviennent régulièrement :

 

            1. Ignacio Zuloaga, à qui il trouve du génie.

 

            2. Ramiro Arrue, qui a illustré Le Mariage basque et portraituré Jammes.

 

            3. José de la Peña, qui, lui aussi, a fait de Jammes plusieurs beaux portraits. 

 

En plus de Cervantès, l’Espagne, pour Francis Jammes, est la nation qui enfanta Jean de la Croix, mais aussi Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola et François-Xavier. Il est en effet particulièrement sensible à ce qu’il appelle le Mysticisme. Pour lui, poésie et mysticisme ne sont pas sans relation. 

 

Jammes aime l’excès en tout domaine qu’il perçoit en Espagne ou chez les Espagnols. Il apprécie en particulier le contraste entre l’ascétisme farouche et la frivolité. Il sent le « Todo-Nada » espagnol.

 

En somme, Francis Jammes n’a qu’une connaissance limitée de l’Espagne. Il ne la comprend peut-être pas de façon rationnelle et complète. Mais il la comprend à sa façon. Certes un peu folklorique, cependant très personnelle et profonde : 

 

Jamais je n’ai ressenti que dans mon être pût circuler la moindre goutte de sang qui ne fût pas embrasé des soleils du Sud.   

Le Patriarche et son troupeau 

 

Je porte, avec un amour passionné, l’Espagne dans mon cœur. N’eussé-je été Français, je serais Espagnol. » 

« Beauté de l’Espagne »

 

*** 

Ces quelques notes sont évidemment très rudimentaires. 

Je renvoie, pour l’œuvre poétique de Jammes, aux trois livres parus dans l’excellente petite collection Poésie/Gallimard :

 

  • De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir.

  • Le Deuil des Primevères.

  • Clairières dans le Ciel.

 

 JAMMES POÈTE 

Vous pouvez aussi visiter l'expo numérique sur Francis Jammes à l'adresse suivante : 

Francis-jammes.pireneas.fr

Ou bien, taper : 

francis Jammes sur Google



[1] Titre de ces 4 volumes de Mémoires : 1/ De l’âge divin à l’âge ingrat. 2/ L’Amour, les Muses et la Chasse. 3/ Les Caprices du poète. 4/ Le Patriarche et son troupeau (inachevé). 

 

 

Jacques LEGALL est maitre de conférences à l'Université de Pau. il fait partie de l'association Francis Jammes et a ce titre est responsable de l'exposition numérique sur Francis Jammes qui se met en place depuis PAU

Bien sur la  durée de la conférence n'a pu traiter toute la vie ou l'œuvre de Francis Jammes, nous n'en avions choisi qu'une partie , Jammes et l'Espagne.  Pour l'information du lecteur, nous joignons à cette page, ce document et dont nous ne connaissons pas l'auteur

 

FRANCIS JAMMES

 

« Il y a dans le regard des bêtes, une lumière profonde et doucement triste qui m’inspire une telle sympathie que mon âme s’ouvre comme un hospice à toutes les douleurs animales ».

Francis Jammes est né le 2 décembre 1868 à Tournay. Il y passe ses six premières années avant de partir pour Pau avec sa mère et sa grande soeur habiter chez ses grands-parents, alors que son père est nommé receveur de l’enregistrement à Sauveterre de Guyenne. C’est pendant ce séjour à Pau qu’il visite pour la première fois Orthez où résident ses grandes-tantes Clémence et Célanire. Il est aussi marqué par son oncle Ernest Daran, d’origine mexicaine, qui vit à Assat. En mai 1876, Francis Jammes quitte Pau pour Saint Palais où son père vient d’être nommé. Malheureusement il a de réels problèmes scolaires, il souffre de vexations, il éprouve du dégoût pour tout ce qui exige de la mémoire et reste très attiré par les animaux en général et les insectes en particulier. Il semble que son initiation poétique soit de cette époque.

En 1878, au vu de ses piètres résultats scolaires, ses parents le confient à nouveau à ses grands-parents à Pau. Mais il vit mal cet éloignement et ses résultats s’en ressentent encore plus, on le fait donc revenir à Saint Palais. Il est alors passionné de botanique. En 1879, son père, Victor Jammes est en disponibilité, la famille choisit alors de s’installer rue Saint Pierre à Orthez. En janvier 1880, Francis vit à Assat puis à nouveau à Pau, sa scolarité est totalement décousue, en mars son père Victor est nommé à Bordeaux, la famille s’y installe. Francis adore les sciences naturelles et découvre avec plaisir la physique et la chimie, il collectionne plantes et insectes et a la nostalgie de la campagne.

Pendant l’année scolaire 1883/1884, il entre en 5ème et est ému par les Fleurs du mal de Charles Baudelaire. Il devient l’ami de Charles Lacoste, amitié qui ne se démentira jamais. Charles est passionné de peinture comme Francis l’est de poésie. C’est à cette époque qu’il découvre Paul et Virginie dont la lecture le bouleverse. En 1886 le voici en seconde et il déteste son professeur de lettres, mais malgré cette antipathie sa première création paraît en 1887 dans une revue confidentielle.

Le 3 décembre 1888 son père meurt. Par testament il a exprimé le voeu d’être inhumé à Orthez, sa femme et ses enfants viennent donc se fixer dans cette ville. Francis est alors âgé de vingt ans et sa mère aimerait qu’il abandonne l’oisiveté dans laquelle il se complaît, il va faire un stage peu productif chez le notaire Estaniol et dans sa chambre il ressasse ses regrets qu’il exprime en poèmes qu’il ne montre à personne et découvre aussi les plaisirs de la chasse et de la pêche. Sa mère qui comprend sa passion poétique l’encourage discrètement.

C’est à l’été 1889 que Francis fait la connaissance d’Hubert Crackanthorpe, un jeune Anglais en villégiature à Orthez. Hubert qui dit descendre par sa mère du poète Wordsworth, vient de publier à Londres, il impressionne Francis. C’est en 1892 qu’il rencontre Amaury de Cazanove, gentilhomme cultivé et enjoué qui l’invite dans son château aux portes d’Orthez. Amaury encourage Francis dans sa production poétique et celui-ci va publier Six sonnets chez un imprimeur local, Goude-Dumesnil à Orthez. On y découvre ce qui sera la trame des thèmes jammistes : la frêle jeune fille triste et rêveuse, la campagne calme avec les animaux, les jeux de couleurs. Francis Jammes craint le regard des autres sur son oeuvre, mais Hubert Crackanthorpe va le rassurer et le faire évoluer.

L’année 1893 est décisive, Francis Jammes établit une correspondance avec Stéphane Mallarmé qui le conseille avec bonheur. A la fin de cette année, un article paraît sur sa première oeuvre dans le Mercure de France, le commentaire n’est pas dithyrambique mais suffisamment curieux et plein de mystère pour intéresser le petit monde littéraire à ce nouveau venu.

On commence à parler de lui à Paris où Mallarmé, de Régnier et Gide sont ses premiers relais. Premières déceptions aussi, le jugement hautain de Pierre Loti et le refus de publication dans la Nouvelle Revue dEtudes sur Lamartine, Hugo, Leconte de Lisle, Baudelaire et Musset que Francis Jammes préparait.

En 1895, il fait la connaissance de Pierre Loti chez Chasseriau à Biarritz et de Régnier est son ambassadeur pour lui ouvrir les portes de laRevue Blanche et du Mercure de France. En avril, il produit« Un Jour », un long poème dramatique en 4 actes qui enchante Régnier et Gide, ce dernier payant l’édition de l’oeuvre. En octobre il part pour Paris où il rencontre Henri Bataille qui vient de publier « la chambre blanche », mais un différend les séparera rapidement. Durant son séjour parisien, il fait la connaissance d’Alfred Vallette (directeur du Mercure de France), du poète Albert Samain, du romancier Marcel Schwob et du musicien Raymond Bonheur et il assiste au mariage d’Henri de Régnier qui épouse Marie de Hérédia. C’est à cette époque que Gide et Jammes établissent une correspondance suivie et se tutoient. Gide devient son véritable confident.

En 1897 paraît à Bruxelles « Naissance d’un poète » et « Un Jour » avec l’aide amicale de Rodenbach et Maëterlink. Cette année là, Jammes a de nouveaux correspondants : Paul Fort et Paul Claudel. Mais la critique de ses travaux déçoit Jammes qui est blessé par ailleurs par le manque d’égards que lui manifeste Loti qui vient de publier Ramuntxo.

La fin du siècle est le temps des manifestes poétiques, on a vu successivement : le vers librisme de Kahn en 1897, l’instrumentisme de René Ghil la même année, le romanisme de Moréas en 1888, le magnificisme de Saint-Pol Roux en 1890, le magisme de Joséphin Péladan la même année, le socialisme de Rodolphe Darzens en 1891, l’anarchisme de Laurent Tailhade et Félix Fénéon en 1892, le paroxysme de Verhaeren, Eekhoud et Mockel en 1893, l’ésotérisme de Victor Emile Michelet et Edouard Schuré en 1895, le naturisme de Saint George de Bouhélier en 1896.

Jammes ironise sur le pullulement des écoles. Son manifeste sur le vrai est un contre-manifeste mais y figure toutefois le mot « jammisme ». Sa définition de la poésie est ultra simple : « la peinture du vrai, louange de Dieu ».  Il collabore dès lors au Spectateur catholique, puis entreprend« la mort du poète » dernier élément du triptyque après  « Naissance du poète » et « Un Jour ».

Rémy de Gourmont lui consacre un article et même François Coppée, pourtant assez distant, parle avec chaleur de sa poésie naïve, tout comme Charles Guérin qui écrit sur lui dans l‘Ermitage et deviendra un de ses grands amis. La presse s’intéresse donc à lui mais il lui faut aussi affronter les critiques acerbes de certains, notamment de Willy dans le Journal amusant et le Musée des familles.

C’est en octobre 1897 que Francis Jammes s’installe à la maison Chrestia. Cette année est sentimentalement un très mauvais cru. Il a rencontré dans une réception dans un château des environs d’Orthez, une jeune Israélite qu’il appelle dans ses poèmes Mamore. Il vit avec elle un été violent et brûlant, la rupture surviendra l’hiver. Cette liaison heurtait la société bien pensante d’Orthez et Francis a quitté Mamore vraisemblablement par amour pour sa mère, très pratiquante. Il vit mal cette idylle contrariée et traîne sa mélancolie tout l’hiver, le plus sombre de son existence. A cette déception s’ajoutent les décès de son grand-père et de son oncle mexicain.

Début 1898, Charles Guérin est le premier visiteur de la maison Chrestia, depuis Paris il adressera un de ses plus beaux poèmes« O Jammes, ta maison ressemble à ton visage ».  En avril, paraît « De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir », une de ses oeuvres majeures, dense et apaisante, où l’on ressent une véritable sympathie avec la nature et les êtres, les animaux surtout (il marque déjà une certaine prédilection pour l’âne). Certaines oeuvres sont touchantes, l’évocation d’un jour de marché à Orthez, l’armoire de sa maison et ses mille voix, les vies antérieures évoquées, la nostalgie des îles lointaines, Jean-Jacques Rousseau sa grande référence, Paul et Virginie, les contes des Mille et une nuits. Cette publication fait grand bruit dans le monde littéraire, André Theuriet, François Coppée et de Heredia, disent leur plaisir. A peu près toutes les revues consacrent un article à la parution, y compris en Suisse, Belgique et Angleterre. Il y a aussi quelques réticences exprimées par Henri Bordeaux ou Adolphe Retté. Les éreintements proviennent de Charles Maurras ou de Maurice Le Blond, mais la réputation de Francis Jammes se répand, dans l’ensemble on le loue d’être original même si on l’accuse de bizarrerie. Peu à peu sa légende se forge, Charles Louis Philippe le représente enfoui « dans l’ombre très vieille d’une petite ville arriérée ». Nombre de critiques et de laudateurs ne peuvent imaginer qu’il choisisse d’enterrer son génie naissant au fond des Pyrénées ! Pourtant, après le poème de Guérin, la petite chaumière de Chrestia, comme le dit lui-même Francis Jammes, devient objet de légende.

A l’automne 1898, à la suite d’un poème d’invitation très émouvant d’André Gide, il se rend à Lisieux et fait un pèlerinage au château de La Roque-Baignard, une propriété des grands-parents de Gide. La visite d’un autre château et de l’histoire tragique qui s’y déroula, va inspirer Gide et Jammes, le premier créera le personnage d‘Isabelle et le second celui de Célia dans l’Elégie quatrième

L’hiver 1898/1899 est une période mélancolique pour Jammes, mais ce sera l’occasion pour Jammes d’inventer sa première fille spirituelle :  Clara d’Ellébeuse. Premier roman jammiste, avec une héroïne modèle de pureté et de virginité. Son histoire puise dans les récits exotiques qu’il retrouva avec passion dans la liasse de lettres de son grand-père envoyées depuis la Guadeloupe. Claudel, de Gourmont et Colette sont séduits et expriment leur émotion, c’est aussi à ce moment là que sa mère mesure l’ascension littéraire de son fils et en exprime le plus de fierté.

Sa mère ayant exprimé le désir de revoir les lieux de son enfance, Francis l’emmène à Marseille puis à Aix-en-Provence. Au delà de Sisteron, ils rejoignent le vieux château délabré du grand-père à Miravail. Avant de reprendre la route d’Orthez, Francis Jammes veut s’imprégner des paysages que connurent Jean-Jacques Rousseau et Madame de Warens : Chambéry, les Charmettes. Après le Grande Chartreuse, ce sera Genève et là il aura enfin le plaisir de rencontrer Henry Bordeaux. De retour à Orthez il compose « le Poète et l’Oiseau » qu’il dédie à Charles Guérin.

Le voici le 22 mars 1900 en conférence à Bruxelles, un succès devant plus de 600 personnes, il fait une nouvelle communication à Anvers où lui est présenté le poète belge Max Elskamp. Puis c’est Bruges où il converse avec Arthur Daxhelet. La visite du quartier juif d’Amsterdam est le point d’orgue de ce voyage. Sur le chemin du retour il s’arrête à Paris chez Gide et rencontre Claudel et Schwob.

De retour à Orthez il vit une nouvelle crise de désillusion et d’ennui. A Vielé-Griffin qu’il reçoit, il confie sa solitude et sa torture devant le bonheur conjugal des autres. Il vit mal aussi d’être déprécié par certains critiques comme Gaston Deschamps et Catulle Mendès. Un voyage en Ossau lui fait concevoir une seconde fille spirituelle : Almaïde d’Etremont, elle a 25 ans et il situe son aventure aux Aldudes.

Le 18 août il apprend avec douleur la mort de Samain, il écrira sous le coup de l’émotion une « Elégie à Albert Samain », un de ses plus beaux poèmes. A la fin de l’été il termine une nouvelle oeuvre « Existences », c’est une comédie en vers (qu’il déjugera plus tard dans sesMémoires), cette analyse de moeurs inspirée de la vie sociale orthézienne lui vaudra de solides inimitiés.

En mars 1901 le Mercure de France publie les poèmes produits et rassemblés depuis « l’Angelus de l’aube et l’Angélus du soir », la nouvelle plaquette s’intitulera « Le Deuil des Primevères ». Tous les thèmes jammistes sont dans le nouveau recueil qui fait large place à la jeune fille idéale, pure et aimante qui hante ses rêves. Cette plaquette est bien accueillie par la critique.

En mars 1902, il perd sa chienne aimée Flore, la douleur qu’il éprouve lui inspirera l’oeuvre qu’il entreprend alors « Le Roman du Lièvre ». Est-il possible qu’il y ait quelque part un paradis pour les animaux aimés ? Cette oeuvre atteint une certaine perfection dans le pathétique. Pourtant, à la fin du printemps 1902, c’est« Le Triomphe de la Vie » qu’il publie, édition qui regroupe « Jean de Noarrieu » et« Existences ». La publication sera mal reçue, les milieux bien pensants d’Orthez crient au scandale et le monde littéraire n’exprime pas son enthousiasme.

Suite à un évènement survenu à la gare de Mont de Marsan en 1903, il écrit « Pomme d’Anis », histoire d’une jeune infirmière, Laure d’Anis, qui sera sa troisième fille spirituelle. Anna de Noailles lui dira avoir été bouleversée par ce récit.

L’hiver 1903/1904 est lui aussi difficile, Francis Jammes voit la liaison qu’il vient d’ébaucher se rompre du fait de la volonté des parents de la jeune fille qui le jugent trop peu argenté. Jammes rejoint à Saint Georges de Didonne, Fontaine et Redon, il leur lit son dernier poème « le Poète et sa femme » une oeuvre à relier avec sa récente déception amoureuse, ce poème sera intégré au recueil « Clairières dans le Ciel ». En grande détresse il écrit alors beaucoup à Fontaine et Claudel et le 8 décembre 1904 il se rend à Lourdes et implore Dieu dans la basilique.

Pourtant la réussite littéraire est là, Colette lui demande de dédicacer une de ses oeuvres « Dialogues » et il fait éditer des cartes postales pour répondre à ses nombreux admirateurs. Au printemps 1905, Claudel rentre de Chine (il est ambassadeur) et accueille Jammes aux Eaux Bonnes, ils ont ensemble de longues conversations. Le 7 juillet se dénoue la crise morale que vit Francis Jammes depuis longtemps et c’est à Labastide Clairence, en présence de Claudel et du Père bénédictin Michel Caillava, que Jammes a conscience de sa « conversion ». Après un pèlerinage national effectué ensemble à Lourdes, Claudel et Jammes se séparent. Cet apaisement qui a touché le poète inspire une nouvelle oeuvre « L’Eglise habillée de feuilles » (où figurent les poèmes « je vous salue Marie »). C’est le 30 novembre 1905 que le salon des Fontaine à Paris accueille Jammes, les Gide, les Mithouard, Bonheur et Claudel pour une lecture de « l’Eglise habillée de feuilles » prononcée par Gide.

A son retour à Orthez, il termine« la Cabane coiffée de roses ». Pour l’Annonciation il se rend en pèlerinage à Cayla dans le Tarn, où résident Eugénie et Maurice Guérin, il y prépare un Chant qu’il termine à Orthez. Ce voyage est décisif pour la démarche religieuse qu’il conduit. Le livre du retour à Dieu qu’il publie en octobre 1906 s’intitule « Les Clairières du Ciel ». L’évolution morale et littéraire du poète est bien marquée, sur le plan du style il devient de plus en plus classique. Sa notoriété est alors à son apogée. il y a bien des critiques qui l’éreintent comme Charles Muller qui raille sa poésie « horticole », pourtant, curieusement, le surnom qu’il lui donne « le cygne d’Orthez », lui restera comme un emblème.

Francis Jammes apprend avec douleur la mort d’Eugène Carrière, puis le 17 mars 1907 celle du grand ami Charles Guérin, il dit alors pour la première fois que le printemps ne renaît pas tout entier.

Après un séjour à Lunéville pour se recueillir sur la tombe de son ami, à son retour à Orthez une lettre l’attend. Une jeune femme de 24 ans, Ginette Goedorp, qui vit à Bucy-le-long dans l’Aisne, lui exprime sa profonde admiration. Elle a lu toutes les oeuvres du poète, elle est hantée par la beauté de ses poèmes. Sa lettre est un véritable cri d’amour, d’autant qu’elle sait lui dire qu’elle est la soeur spirituelle de Clara et de Laure. Emu, Francis Jammes répond à celle qu’il appelle sa mésange charbonnière. Puis tout va très vite.

Le 18 août, à Pau, Francis Jammes et sa mère, rencontrent Ginette Goedorp et sa mère. Le 19, Francis et Ginette se fiancent devant la grotte de Lourdes puis viennent à Orthez découvrir la maison Chrestia. Début septembre c’est au tour du poète de se rendre à Bucy. Le mariage y est célébré le 8 octobre 1907.

Le 1er décembre il faut quitter le logis exigu de Chrestia, au vif regret du poète. Les Jammes passent Noël à Bucy sur les bords de l’Aisne et par très grand froid, Francis composera là ses « Poèmes mesurés ». De retour à Orthez, le couple aménage la nouvelle maison Major. Jammes va vivre là comme un coq en pâte, entre une mère attentive et une épouse aimante, on reçoit désormais la bonne société catholique et conservatrice d’Orthez, le poète parachève ses « Rayons de Miel ». Le 18 août 1908 le couple donne naissance à leur première fille, Bernadette (un hommage à sainte Bernadette de Lourdes).

Au printemps 1909, les Jammes vont à Bucy et rendent visite aux Gide à Paris. Un grand repas réunit les amis, Lacoste, Fontaine, Bonheur, Ruyters. La campagne et la nature sont à la mode, le poète correspond alors avec Anna de Noailles, Abel Bonnard, Jules Romain et Henri Pourrat. Francis Carco envoie à Jammes ses premiers recueils, tout comme Tristan Derème. Parmi les nombreux zélateurs qui s’adressent à Jammes, figure un certain François Mauriac. Yvette Guilbert donne des auditions publiques partout en Europe et même aux Etats-Unis et elle fait applaudir les créations du poète.

Fin 1909, les Jammes se trouvent à Gavarnie et reçoivent Fontaine et Florent Schmitt, à Noël naît leur deuxième fille, Emmanuelle. En mai 1910 on présente la nouvelle oeuvre du poète « Ma fille Bernadette ». A ce moment là, la rupture avec Gide est consommée. La séparation était latente depuis 1907, trop de choses les éloignent désormais. Gide a abandonné la poésie pour le doute et les romans à thèse. Jammes au contraire, se voue de plus en plus à la certitude et à la poésie.

Durant la période de Noël 1910 passée à Bucy, Jammes rédige« la Brebis égarée ». Pour l’arrêt habituel à Paris sur le chemin du retour, le poète est accueilli chez la belle-soeur de Fontaine, tous ses amis parisiens sont conviés pour la lecture de « la Brebis égarée », Edmond Pilon le reçoit également et lui présente le groupe des jeunes poètes catholiques engagés avec pour chefs de file André Lafon et François Mauriac. Le philosophe catholique Georges Dumesnil vient passer à l’automne 1910 trois jours à Orthez. Jammes s’attèle à la rédaction des« Georgiques Chretiennes ». 

Marie, leur troisième fille naît en 1911. La visite de Valéry Larbaud préfigure le voyage à Orthez incontournable pour la jeune littérature catholique. Ce sera ensuite, la même année, le tour d’André Lafon et de François Mauriac d’être admis à la maison Major. L’été 1911 voit la publication très attendue des « Georgiques », l’oeuvre est une forme d’art poétique, un retour au classicisme, avec un rythme qui fait penser aux versets bibliques. Jammes obtient un prix de l’Académie Française, il éprouve toutefois une déception, il pensait que l’élection du Prince des Poètes lui serait acquise, mais Paul Fort l’emporte largement.

Début 1912, Jammes reçoit à Orthez Darius Milhaud qui vient mettre en musique « La Brebis égarée ». C’est début 1913 que le poète part seul à Paris pour la création de « La Brebis égarée », il loge chez Fontaine. Madame Alphonse Daudet prépare pour lui une réception, il rencontre enfin Anna de Noailles chez elle et la générale de « la Brebis » est donnée le 9 avril 1913. Le 6 juin, un petit Paul (dont Claudel est le parrain) naît chez les Jammes. Ceux-ci reçoivent Eusèbe de Brémond d’Ars et le pianiste Yves Nat. Puis c’est au tour de Claude Casimir Périer, fils du président, de la comédienne Simone et d’Alain-Fournier. La maladie de Marie et la fatigue de sa femme, inspirent à Jammes« Feuilles dans le vent » qui est généralement admis comme le dernier jalon du jammisme.

La guerre est là, Jammes est chargé par le maire d’Orthez d’organiser les soins et les secours aux blessés, tâche dont il s’acquitte avec vigilance. Il publie en 1916 « Cinq prières pour le temps de la guerre » puis « Le Rosaire du soleil ». En 1918 sort « Monsieur le curé d’Ozéron ». La guerre finie, il part à Paris pour donner des conférences, Anna de Noailles et Proust le complimentent, Henry Bordeaux, de Régnier et Etienne Lamy lui laissent espérer une admission à l’Académie Française, pourtant le 3 juin 1919 il est nettement battu à l’élection au siège d’Edmond Rostand, par Joseph Bédier (8 voix contre 20).

Il a 50 ans et 7 enfants au moment de l’armistice, mais un souci le préoccupe, son propriétaire veut vendre la maison Major. Où faut-il aller ? Il lui faut temporiser. Son ami, le Père Michel Caillava le présente à une de ses parentes éloignées, Madame Gille, qui accepte de le désigner comme son légataire universel. En 1921, il était temps car la maison Major était à la vente, la mort de Madame Gille lui fait hériter d’Eyhartzia, une maison d’Hasparren au pied de l’Ursuya. Dans ce nouveau gîte, Jammes entame la rédaction de ses « Mémoires » et des quatre livres de Quatrains.  Nommé dans l’ordre de la Légion d’Honneur en 1922, il écrit au ministre Bérard pour refuser sa croix. Une nouvelle candidature à l’Académie, au fauteuil de Pierre Loti, est infructueuse, Albert Bernard obtient 16 voix et lui 12, ce qui est honorable.

Il quitte rarement le Pays Basque à partir de 1924 mis à part quelques conférences, à Bruxelles sur la fonction du poète, à Paris sur Ronsard. Anna de Noailles était venue le voir en 1921. Il reçoit à Eyhartzia Henri Ghéon, François Mauriac, Darius Milhaud qui vient lui annoncer la mise à l’affiche de l’Opéra comique de « la Brebis égarée ». Ses dernières oeuvres seront « Ma France poétique », « Basses Pyrénées, histoire naturelle et poétique » puis « la Divine douleur », « Janot poète », « Diane », « Les nuits qui me chantent », « Leçons poétiques » et enfin « Champêtries et Méditations ».

 Francis Jammes ne quitte plus Eyhartzia que pour voir ses filles à Fontarabie et ses fils à Bordeaux. Il reçoit peu désormais, Paul Valéry en 1928, et son voisin Maurice Martin du Gard de Lendresse. Il fait un dernier voyage à Orthez à l’occasion des obsèques de sa mère en 1934 (décédée à 93 ans). Il ne cachera pas que le Pays Basque est sa terre d’exil et qu’Orthez aura toujours été son havre de bonheur. En 1934 paraît son dernier roman « L’Antigyde ». Il a de plus en plus de soucis matériels car ses ouvrages se vendent mal, il souffre de se sentir mésestimé et oublié, en 1935 il publie « De tout temps à jamais ». En 1936 un dernier prix, le prix d’Aumale, lui est décerné par l’Académie Française, mais il est trop tard pour lui, il vivote désabusé, en rédigeant des articles pour les journaux. Un dernier grand voyage comme une tournée d’adieux en 1937 à l’occasion de l’Exposition Internationale, il est invité à Paris à donner une conférence où il remporte un véritable triomphe et paraît sur l’estrade accompagné de ses amis Paul Claudel et François Mauriac. Sa santé dès lors décline, il souffre horriblement, à Jean Labbé qui le visite en lui apportant une fiole d’eau d’une source de l’Ursuya il dit « Maintenant je n’ai plus besoin de prier, ma souffrance elle-même est une prière, je l’offre entièrement à Dieu, le reste appartient aux hommes »

Toussaint 1938, il quitte ce monde le jour où une de ses filles prend le voile, le dernier mot perceptible qu’il prononça fut « Orthez ».

 

 


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