LES BASTIDES par Jean Paul VALOIS

LE THEME

Il y a eu  deux parties

 

 La première a porté sur la problématique des bastides, un peu éloignées de notre secteur géographique mais qui est assurément un élément de l'environnement médiéval du Béarn,

 

La deuxième  sur l'aspect des maisons héritées du XVII-XIXè siècle : plus spécialement  sur les portes (vantaux, heurtoirs, encadrements), qui nous permettront de mieux "lire" nos vieilles maisons.

 

Quelques mots sur Les Bastides en Béarn. 

L’idée la plus couramment répandue est que ce type d’urbanisme, avec des pâtés de maisons disposés en damier, des rues perpendiculaires, une place centrale entourée de maisons de même largeur, et l’église bâtie hors de le place, sur une autre case du damier, n’était  simplement une mode d’urbanisme qui a surgi à la fin du XIII ème siècle. 

La réalité est, en réalité, plus complexe, et c’est un type d’aménagement qui a des origines dans l’histoire. 

A une époque où la France se construisait, souvent par des guerres, et après la croisade des albigeois qui avaient montré que les villes fortifiées rendaient difficiles l’effort des troupes royales, le traité de Meaux Paris de 1229, permettait la construction de nouvelles cités NON fortifiées. 

Ce traité sous tendait une stratégie de contrôle du territoire sous deux aspects :
               
- Favoriser les productions agricoles
                -S’inscrire dans les échanges économiques en essor
 

 

Ce fut d’abord, pour les habitants,  une transformation de la société par un passage de la société des » Casaux » liées au seigneur local ou son mandataire, en une société des « Maisons » directement rattachée au seigneur 

Les besoins de l’administration seigneuriale étant croissants, ce fut aussi l’occasion d’introduire une fiscalité en numéraire (déjà !) et non plus en prestations, et prélevée directement au profit du seigneur. 

L’emplacement des Bastides lui non plus n’est pas neutre. Elles ont été bâties le plus souvent dans des espaces peu peuplés ou éloignés des bourgs existants.

L'implantation des bastides résulte de motivations à différentes échelles. La  géopolitique intervient à l'échelle des grandes seigneuries, telle la limite mouvante de la  Guyenne anglaise (bastides de frontière).

 Différentes  bastides sont disposées pour contrôler (favoriser mais aussi taxer)la  circulation de marchandises, notamment par voie fluviale (bastides liées à des ports le long de la Dordogne, du Lot ou de leurs affluents).

 Le piémont pyrénéen témoigne du  conflit entre les communautés traditionnelles à maisons "casalères" et les préoccupations vicomtales de développer des bourgs sous  contrôle.

Les bastides peuvent ainsi avoir des fonctions différentes, comme nous le rencontrons dans l'actuel Pays de Nay : l'implantation y débute en 1302 par une bastide "urbaine" à habitat concentré : Nay qui est un chef-lieu administratif (centre du bailliage) ; elle se poursuit par des bastides "rurales" dédiées au développement agricole et à l'occupation des terres (de Montaut 1308 à Rébénacq 1347)  . dans celles-ci les terres attribuées pour mise en culture et les "vacants" (padoens) pour le pacage des bêtes sont un élément important des chartes, alors que la partie allotie pour maison et jardin retient en générale seule l'attention.

La grande place réservée au marché (d'où la mise à l'écart de l'église) constitue un  point commun pour ces différentes bastides tardives, elle n'était pas systématiquement présente dans les bastides précoces.


           Ainsi, autour des années 1250/1350 se sont mis en place des aspects importants de notre monde actuel. Parmi les villages créés au Moyen-Age, les bastides nous interpellent par leur modernité, elles sont un témoin privilégié de la diffusion des marchés et des foires, des réseaux d'échanges économiques qui n'ont pas faibli depuis lors. Leur répartition, leurs plans nous révèlent cette histoire, avec les conflits de pouvoir qui régissaient alors la société. 

 

            Les maisons que nous avons sous les yeux ont été reconstruites, dans les bastides comme dans les villages voisins. Les encadrements de porte façonnés, leurs pierres décorées, ainsi que vantaux et ferronneries ont enregistré les modes décoratives successives depuis le XVIe siècle jusqu'à la Révolution industrielle. On prête alors attention aux petits détails que l'on a tous les jours sous les yeux et qui chacun à leur façon nous rendent présente la vie de nos ancêtres.

 

Après cette première série de photos, figure un résumé de la deuxième partie de la conférence sur les maisons et leurs portes, qu'a bien voulu nous transmettre M. VALOIS

 

Vous trouverez aussi beaucoup plus d'informations sur ces sujets en allant sur le site de l'association:

« Les Bastides des Pyrénées-Atlantiques hier et aujourd'hui », éditions Monhélios 29 €. Courriel : bastides64@bastides64.org


 



Les maisons et leurs portes (2e partie de la conférence de Jean- Paul Valois à Accous).


L'intervenant examine en deuxième partie les maisons et leurs portes. Il a été amené à ce thème car les bastides du Béarn offrent au regard des maisons reconstruites souvent longtemps après la fondation. Les caractères  de ces maisons se retrouvent hors des bastides, aussi l'orateur prend-il soin d'illustrer son exposé sur des observations en vallée d'Aspe.

L'habitat traditionnel correspond à une 'maison-bloc' souvent développée avec un étage dans nos zones montagneuses (animaux au RDC, logis à l'étage) – photo 1 - , comme montré par Christian Bouché  lors d'une conférence récente à Oloron. Un modèle issu de l'architecture savante se répand d'abord dans les maisons aristocratiques puis bourgeoises – photo 2 - , il se généralise lors de la reconstruction des logis d'habitation qui  s'opère au 19e s. en milieu rural :   portes et fenêtres sont disposées en travées symétrique autour de la porte centrale.

L'intervenant se penche plus particulièrement sur les portes. Les villages aspois, comme ailleurs en  Béarn, produisent maints exemples de portes de granges en anse de panier, où un chanfrein – photo 3 -  se termine par un motif en accolade au centre. Cette façon de faire est répandue pour les 16, 17, voire 18e siècles (1585-1720 sur les exemples trouvés en vallée d'Aspe). Des réalisations plus élaborées dans des maisons bourgeoises montrent la similitude avec les portails d'église  contemporains (Bruges, Lasseube, Ste Colome...) et signalent la persistance de motifs d'inspiration gothique au delà  du 16e s. en Béarn.

Au contraire une mode néo-classique se répand peu à peu à partir du 18e s. en milieu rural (premier exemple trouvé en vallée d'Aspe: 1690 ), elle se généralise au 19e. Elle est à l'oeuvre dans les églises de la Contre-Réforme, telle celle d'Accous. L'arête est à angle vif – photo 4 – (fragile, elle nécessite un chasse-roue quand elle est utilisée pour les granges) ; l'accolade est remplacée par un motif proéminent comportant la date, et souvent un décor (floral ou religieux), porté sur la clef, ou sur une fausse-clef – photo 6 - si le couvrement est un linteau (monolithe, fréquent dans le secteur aspois, se prolongeant  tard dans le 19e s. : dates trouvées 1717 à 1883). Comme ailleurs en Béarn, le profil d'agrafe – photo 7 - est donné aux clefs pluôt en seconde moitié du 19e s. Le piédroit peut être orné à la base par un piédestal  et l'encadrement surmonté d'un cartouche.

Les vantaux traditionnels sont à planches croisées -photo 7 - . Une plus grande aisance financière et/ou  la diffusion de machines outils permettent de réaliser en milieu populaire au 19e s. des portes pleines à cadre – photo 8 - . Mais le coût de revient de la vitre baisse alors. De sorte que le verre est utilisé dès la première moitié du 19e pour l'imposte – photo 8 - , puis se développe pour occuper la moitié supérieure du vantail -photo 9 -. L'apparition de l'imposte vitrée amène à décaler légèrement les décorations (petite moulure, simplification des chapiteaux ioniques) que l'on trouve dans le modèle classique au sommet du piédroit -photo 6 - . La diffusion des produits de la Révolution Industrielle apporte  ensuite  son empreinte  :  remplacement des heurtoirs en fer forgé (anneaux, et heurtoir-marteau – photo 10 - , fréquent en vallée d'Aspe) par ceux en fonte (mains – photo 11- ou motifs divers), apparition des serrures de sureté à pêne "bec de cane" (intégrant les fonctions d'ouverture et de blocage) qui mettent fin aux loquets manoeuvrés par un "poucier". Protégeant la partie vitrée, les grilles en fer forgé sont remplacées par des grilles en fonte – photo 9 - . Les portails de grange enfin utilisent des motifs décoratifs en fonte, placés sur des plaques de tôle, le début du 20e s. voit la fin des hauts portails de bois traditionnels.

                En conclusion,  les corps de logis des exploitations agricoles, ainsi que les maisons bourgeoises, qui se répandent dans tous les villages béarnais au 19e s., apparaissent de prime abord stéréotypés. Une lecture attentive des portes et de leurs encadements amène à distinguer des évolutions tout au long du 19e. Le détail tient , pour l'encadrement, à des modes décoratives transmises par des ateliers de sculpteurs et, pour les vantaux, à la diffusion des produits et des machines outils dans le contexte de la Révolution industrielle. Ces deux sources d'innovation  ont révolutionné en un siècle l'aspect des portes en milieu rural béarnais.

Références :

L’encadrement en pierre des portes de maisons rurales en Béarn : quelques remarques sur leurs évolutions techniques et esthétiques, J.-P. Valois, Revue de Pau et du Béarn, à paraître 2015.

Vantaux et ferronneries des portes rurales en Béarn : quelques remarques sur leurs évolutions au XIXe siècle,  J.-P. Valois, Bull. des Amis du Château de Pau, 2014, 168-169, 27-43

ci-après figurent les photos présentées, puis la légende de chacune d'elles


Légendes photos

1 : « Maisons-bloc» à Accous, noter le four en hauteur qui confirme que le premier étage est destiné au logis. La maison de gauche ne manifeste pas de souci de symétrie, ce souci n'apparaît qu'avec l'architecture savante.

2 : « Maison de maître » à Osse. Noter le parfait alignement vertical des portes et fenêtres formant des travées, organisées symétriquement par rapport à la porte, la présence ostentatoire d'un balcon, la décoration du coin en chaîne d'angle, la corniche en bois couronnée par des denticules (petits cubes) qui constitue un motif hérité de l'architecture gréco-latine.

3 – Borce : détail d'un encadrement montrant le chanfrein (« pan-coupé » de l'arête), et la disposition radiale des traces d'outil (layage produit par les outils genre laye ou marteau bretelé).

4 – Cette maison d'Accous fait coexister deux encadrements qu'un siècle et demi sépare. A droite, un encadrement de grange avec chanfrein et clef d'arc gravée 1697. A gauche, l'encadrement de la porte du logis est de style néo-classique, remarquer l'arête vive, la décoration du piédroit en piédestal à sa base, l'imitation de chapiteau ionique puis la moulure d'imposte, dégageant toutefois un espace avant l'arc. Ce dernier est orné d'une clef  en forme d'agrafe. Ce dernier indice rend probable une réalisation  vers 1850 voire un peu plus tard pour cet encadrement situé à gauche. Le piédroit le plus à gauche montre des bandes plus sombres en bordures des pierres, correspondant au ciselage alors que le reste de la pierre est bouchardée. La maison a pu être réaménagée ou bien l'encadrement de grange récupéré. Noter les portes en planches croisées.

5 – Bedous, couvrement d'une porte par un linteau (monolithe) et cartouche décoratif gravé 1835.


6 – Bedous, linteau avec fausse clef gravée (« L'an  1852 »). La porte ne comportait pas d'imposte, peut-être était-elle en planches croisées et a-t-elle été refaite ; sur le piédroit la moulure décorative se trouve à la base du linteau et non décalée vers le bas.

7 – Lescun, porte assez ostentatoire de l'ancien presbytère (« Lassalette Jean et Pierre curé 1854 »). Remarquer la mouluration d'imposte, la clef en agrafe, le cartouche décoré avec les « ailerons » (en forme de S), il assure une continuité avec l'encadrement de la fenêtre, formant une travée décorative prestigieuse, comme l'on rencontre en plaine de Nay. Malgré les moyens importants mis en œuvre, noter que la porte est à planches croisées.

8 – Accous, porte  à cadre en bois plein, précédant la diffusion du verre.

9 – Osse, grille en fonte protégeant une surface vitrée, encadrement de 1904.

10 – Bedous, heutoir-marteau en fer forgé, gravé des initiales B.Cl

11- Bedous, heurtoir en fonte en forme de main, différents modèles existent, celui-ci tient une pomme et non une boule (échancrure sur le côté arrondi).


Pour votre information, quelques indications sur  :

 LES ONZE BASTIDES DU BEARN

 

Au Moyen Âge, Gaston Fébus revendique pour le Béarn une certaine indépendance. Il protège son territoire en renforçant l'habitat sur ses frontières. Des bastides sont implantées au débouché de la vallée d'Ossau, pour favoriser les échanges et le commerce sur les voies de transhumance. Il en existe onze à découvrir dans le Béarn.

 

VIELLESEGURE - 1309 

Implantation sur un bourg ancien. Vaste place, ancien château. Vestiges de fossés. Sur la place, l'activité agricole est encore présente et donne une idée de la destination originelle des bastides rurales. À voir : ancien moulin XVIe, chemin de randonnée (13 km), maisons XVIe- XVIIIe, église XIVe remaniée XIXe, château XVIIe.

 

NAVARRENX - 1316 

Construite au débouché d'un pont ancien (construit en 1289), la bastide a été transformée au XVIe siècle en une forteresse militaire, première cité à être bastionnée en France -Monument Historiques. À voir : église XVIe (M.H.), motte, bâtiments militaires, remparts XVIe (M.H.) ; Pont XIVe , pêche au saumon. Marché : le mercredi, toute l'année et les dimanches en juillet et août.

 

ARZACQ 

La partie la plus ancienne suit le tracé du village primitif construit autour de son château. La bastide en est une extension. Une deuxième place est créée au XVIe siècle pour l'« un des plus gros marchés de Guyenne ». À voir : arcades, château (restes), maisons XVIe-XVIIIe, lavoirs couverts, musée du jambon à Bayonne, ferme myocastors. Marché : le samedi.

 

GAN - 1335 

Plan en damier de 220 m de côté, prolongé plus tard selon un axe dominant vers le sud. La cité était entourée de canaux, porte de la cité du XIVe, et maison du XVIe siècle. La mairie a été construite au milieu de la place au XIXe. À voir : porte nord 1371 reprise XVe ; Maisons XVIe - XVIIIe, moulin et canal XVIIe ; château de Marca XVIe », coopérative de Jurançon, route des vins. Marché : le mercredi matin.

 

GARLIN - 1302 

Occupation très ancienne. Les greniers sous les toits très hauts témoignent de la production de grains. Quelques maisons à arcades. À voir : maisons XVIIe-XVIIIe, château XVIIe-XVIIIe, (mairie), ancien couvent XVIIe-XVIIIe, tour de ronde. Marché : mercredi tous les 15 jours.

 

RÉBÉNAQ - 1347 

Bastide tardive de 1347. Un carré de 200 m contient la structure primitive intacte et bien visible. Place de 75 m, jardins allongés jusqu'à la tour de ronde (promenade). Extension du village le long du gave aux XVIIIe-XIXe siècles. À voir : grande diversité d'encadrements de portes, maisons XVIIe-XVIIIe, chemin tour de ronde, lavoirs publics et privés, rives du Néez, promenades patrimoine, château XVIIIe (M.H. privé).

 

ASSAT - 1280 

Formant un carré de 200 m autour de la petite place des Platanes, la bastide a été construite en extension d'un bourg ancien avec son château qui protégeait le pont et le chemin de transhumance. À voir : maisons XIIe, trois châteaux du XIIe (M.H), XVIIe, XIXe (privés).

 

NAY - 1302 

Petite ville au plan en damier formé par la succession d'îlots de maisons. Restes de remparts du XVIe. Sur la place : la Maison Carrée (M.H, musée) et l'hôtel particulier du XVIe témoignant d'une période de prospérité due au négoce de textiles. Le marché créé le mardi en 1302 reste l'un des plus gros du département. À voir : maisons XVIe-XIXe, église XVe-XVIe, remparts XVIe, promenade patrimoine et bords du gave, musée du béret. 

Marché : le mardi et le samedi.

 

LESTELLE - 1335 

Maisons anciennes près de la place carrée. Centre religieux depuis le XVe siècle (musée). À voir : église XVIIe-XVIIIe ; Maisons XVIe-XVIIIe, sanctuaire XVIIe, chapelle, musée de Bétharram, pont XVIIe, grottes de Bétharram.

 

MONTAUT - 1308 

Les façades du XVIIIe témoignent d'une époque de prospérité due à l'extraction de la chaux. Pendant les guerres de religion, l'église Saint-Hilaire de Lassun est détruite, la nouvelle église construite au milieu de la place en 1540 est sauvée car alors transformée en temple. À Voir : maisons XVIIIe, fontaines, lavoirs, église du XVIe.

 

BRUGES - 1357 

Création neuve au plan très régulier. Place de 80 m de côté, lots allongés (30 x 8 m), typique des bastides tardives. Maisons à arcades, architecture sobre et homogène du piémont. À voir : maisons du XVIIIe, rivière et ponts.

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